05 nov. ~ N3rdistan ~


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Le N3rdistan un pays, malheureusement, imaginaire où la musique et les mots nourrissent la passion, l'espoir, et l'esprit de fête et de communion.

N3rdistan est à l'image de sa musique et du monde qui nous entoure, un bon bordel mondialisé, souffle Walid Benselim, chanteur et compositeur du N3, qui comme Widad Brocos est originaire de Casablanca, EPI qui tient les machines et les claviers est tunisien, Cyril Canerie à la batterie étant lui mi-Porto-Ricain, mi-Français et Benjamin Cucciarra à la kora, italo-britannique, détaille-t-il.

Un monde, en quelque sorte, tel qu'il devrait être perçu et la direction dans laquelle il devrait aller, sans frontières, avec un supplément de prise de conscience... C'est ainsi qu'il se présentait dès les premiers titres de N3... Widad et Walid ayant été parmi les premiers à se faire entendre dans la sphère rap casablancaise avec le collectif Thug Gang Crew.

Occupy diffusait en somme un message faisant notamment référence au mouvement anti-capitaliste du même nom dénonçant les inégalités économique au son de... This is What Democracy Looks Like !

Quand on fait de la musique, il est important pour nous d'être responsables de ce qu'on dit et de ce qu'on véhicule. Je pense que tout art porte un message engagé. Même si certains font du mainstream, c'est par essence un engagement (...) un engagement pour le politiquement correct en quelque sorte, dit le rappeur qui a grandit dans le royaume chérifien et dont les premières armes, au-delà des mots, étaient affutées au son d'un métal portant également ses propres hybridations.

Quand j'ai commencé le rap au Maroc, c'était très difficile car nous étions parmi les premiers et donc c'était compliqué d'imposer notre vision de la musique à la société de l'époque, surtout par des gamins de 14 ans que nous étions, se souvient-il.

Mais au fil des années le rap s'est imposé et du coup aujourd'hui il est plus compliqué pour un groupe de métal de faire de la musique que pour un rappeur. Aujourd'hui au Maroc, il est plus audacieux de faire du metal que du rap. Le rap est devenu une musique mainstream, chose que le metal ne peut concevoir.

[ à l'époque, il semble que le monde entier était rempli de poètes engagés...

contrairement à ce qui se passe maintenant, même si je garde espoir ]

Le N3rdistan des débuts nous parvenait avec la même colère que leurs aventures précédentes, la rage des guitares laissant la place aux beats acérés d'une drum'n'bass orientalisante, avec une kora amplifiée et parfois saturée... Le changement dans la continuité.

En fait, vraiment, on ne se pose pas trop de question... vu qu'on vient tous de milieux musicaux différents... Par exemple, Cyril est un fan de latin-jazz, Widad de musique africaine et de D&B, EPI de musique electro et moi de metal, rap et de Erik Satie (...) donc, on fait ce qu'on peut, sourit-il. On a un texte ou une mélodie, on la joue et les influences de chacun font le reste.

On ne se saurait être plus en accord avec Walid, pour ce qui est de l'envie, le besoin ou la nécessité de véhiculer un message et d'agir avec responsabilité... Mais il est à craindre que ce ne soit valide que pour ce qui est du Maroc ou d'autres pays où la lutte politique porte encore et toujours les habits de l'urgence démocratique... parce qu'en France et sur les ondes du reste du monde, il est souvent difficile d'accoler l'étiquette engagement à la majorité des chansons lyophilisées qui s'entendent sur les antennes des radios et télévisions nationales...

Rangé aujourd'hui dans la case electro, on retrouve chez N3rdistan l'essence d'un rap qui remonte aux Lost Poets ou Gil Scott Heron et son Revolution Will Not Be Televised... pour ne citer que ce titre-là.

Ce qui est curieux, c'est qu'à l'époque, il semble que le monde entier était rempli de poètes engagés...

contrairement à ce qui se passe maintenant, même si je garde espoir, comment-t-il au sujet d'une musique pré-industrialisation de la culture alors qu'aujourd'hui le commerce et le retour sur investissement ont consacré la simplification du message voire sa disparition...

Cette dichotomie et cette perception de l'engagement d'un artiste rappelle une interview au Printemps de Bourges lors de laquelle un jeune interviewer demandait à Asian Dub Foundation s'ils envisageaient leur musique sans les textes... l'air offusqué et la réponse du chanteur fut éloquente.

[ C'était comme redécouvrir un pont de la poésie engagée créé bien avant le rap ]

De fait, on peut trouver quelques similitudes de trajectoire avec ces grands frères de la musique festive revendicative. Une trajectoire éclair qui amène déjà N3 à sillonner le monde.

Merci pour la comparaison. Le début de l'aventure c'est septembre 2014, résume Walid au sujet du groupe installé à Montpellier et dans l'arrière pays catalan, dans les montagnes loin de tout, sourit-il.

Widad et moi sommes tombés sur une poésie d'un grand poète arabe connu chez nous pour ses poésies d'amour, mais le texte que nous découvrons est bouleversant, une critique sèche de notre société en long et en large (...) la poésie s'appelle Quand est-ce qu'ils annonceront la mort des arabes !

Autant te dire que c'était le choc.

Et là, on se met autour d'un beat et on essaie de le rapper. On avait la volonté de faire découvrir ce genre de texte à nos contemporains, raconte Walid.

En arabe, forcément le message ne passe pas de la même manière, mais la beauté de la langue, sa fluidité adossée au rap et à l'electro donnent des arrangements qui parlent à l'esprit, ouvrent les portes sur une paix intérieure à l'image de ces poètes qui inspirent le NA33, comme aime à les appeler le public dans les pays arabes. NA33 (...) ça sonne comme un cri de rage, lance-t-il.

C'était comme redécouvrir un pont de la poésie engagée créé bien avant le rap engagé, confesse Walid au sujet du texte du poète syrien Nizar Kabbani.

Et là, c'est un boulevard devant nous, on redécouvre des poètes exceptionnels et on les mets au goût de l'époque, ajoute-t-il en référence aux textes qu'ils utilisent et utiliseront pour l'album... à savoir... des textes de Nizar, Ahmad Matar ou encore Nazek Almalaeka, une poétesse irakienne qui était la première à écrire de la poésie libre dans l'histoire (...) aussi Gibran Khalil Gibran (...) un génie, un philosophe.

Ce boulevard prend des allures d'avenue. Après leur passage aux découvertes du même Printemps de Bourges... leur parcours a eu tôt fait de les envoyer sillonner le monde... quitte à retarder la publication d'une suite au premier EP.

J'adore composer chez moi ou en studio, mais le live c'est ma raison de faire de la musique. C'est des moments de fusion exceptionnels.

[Partout où on joue dans le monde, on a des échos de gens...

qui nous disent qu'ils en ont marre ]

Les Inouïs nous ont surtout permis de nous faire connaître en France. Il y avait beaucoup de programmateurs qui nous ont appelés par la suite, grâce au Printemps. Pour ce qui est de l'international, c'est Visa For Music, un super festival à Rabat... c'était notre premier concert devant un public totalement arabophone (...) un grand moment pour nous, une communion.

Un concert qui les a marqués, et qui n'était pas sans défi, du fait de cette empreinte Occupy dont le mouvement est connu pour dénoncer la faiblesse des politiques face à l'argent roi... en mode Fela et Seun Kuti.

Je t'avoue qu'on a flippé un peu car dans nos textes on dit ouvertement aux gouvernements de dégager, mais la réaction du public a été tellement magnifique qu'on se sentait de plus en plus en sécurité.

C'est un rappel à nous tous, pour ne pas oublier qui paie qui ! et qui travaille pour qui, pour dire qu'un droit ne se donne pas ! mais on le prend !

Outre la poésie de Nizar Kabbani en provenance de Syrie, et ces autres poètes du monde arabe tels que Ahmad Matar, Nazek Almalaeka, ou Gibran Khalil Gibran, cités par Walid, il existe bien sûr de nombreuses initiatives revendicatives en provenance d'artistes plus contemporains tel que Wael Rayess Bek Koudaih, au Liban, ou le premier album d'Intik, à une certaine époque en Algérie, ... une communauté de pensée et d'espoirs communs dont les fondements s'appliquent bien au-delà du monde arabe...

Alors, oui je pense qu'il y a, comme dans les découvertes scientifiques, une communion sociétale mondiale. Le printemps arabe n'est que la partie visible de l'iceberg, avance Walid.

Partout où on joue dans le monde, on a des échos de gens qui nous disent qu'ils en ont marre et c'est pour moi, une preuve que les mentalités bougent partout.

[ J'imagine même que c'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase]

J'imagine même que c'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase, ajoute-t-il en référence à ce pouvoir qu'a la musique de faire bouger les lignes, de faire tomber des murs et d'effacer des frontières.

Imagine que tout le monde en a marre et que certains groupes viennent juste mettre des mots sur des maux, explique-t-il pour prolonger la métaphore d'un groupe et de sa musique vus non pas comme des porte-drapeaux mais comme une simple goutte qui fait déborder un vase.

La musique joue le rôle de catalyseur. Un concert est un rassemblement de nous tous (...) la communion des gens pas contents, conclue-t-il.

Je l'ai vu... car pour ce premier concert au Maroc, personne ne savait ce qu'on allait chanter. Tout le monde était là pour voir la tête d'affiche mais dès qu'on a commencé... avec ces textes-là... il y avait dans la salle comme un murmure, genre Oui ils ont raison, y en a marre.

Pour abonder dans le sens de cette universalité du message de la musique, par-delà des frontières, au-delà de la barrière de langue, la musique, la transe et la danse aboutissent à redonner un sens nouveau à la Tour de Babel, il émerge parfois dans l'EP de N3rdistan des échos de musiques entendues aux confins de la Chine, dont la langue aussi se prête aux hybridations modernes, en rap autant qu'en post-rock ou en electro.

L'EP de N3 montre, de fait, une évolution vers quelque chose de plus transe, quelque chose de plus éthéré et serein, avec un line-up qui s'élargit, passant de quatre à cinq avec des claviers, plus invités à venir sur un long format.

Sur le disque, Vincent Palotis assurera des cuivres sur deux morceaux, confie Walid qui promet plus de titres, plus longs, avec un mélange de trip-hop, de drum'n'bass, de rock.

Nous travaillons dur pour le sortir en février prochain, si tout se passe bien (...) en autoprod complète, conclue-t-il au sujet d'un processus qui prend forcément du temps au regard de la demande en concerts... leur terrain de jeu privilégié, comme il l'expliquait.

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