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19 déc. ~ Bashung & Ian Caple ~ Ep. 1/2


l Bashung l Fantaisie Militaire l Ep.1/2

Dixième album d'un homme dont le nom inspire le respect, l'indépendance, la rigueur et le talent comme rarement.

Si ses disques ont un temps hésité à lui garder un prénom, le signe avant coureur de ce qu'il laisserait avant tout un nom dans l'histoire de la musique française était apparu dès l'album Play Blessures, un album écrit principalement à quatre mains avec un autre monstre du mot et de l'expérimentation dont le prénom Serge aura suivi un peu le même sort.

Certes, le talent était là mais encore fallait-il qu'il aide l'artiste à percer un certain plafond de verre. Il aura, plus ou moins, fallu attendre Osez Joséphine pour comprendre que les choses ne seraient plus les mêmes pour celui qui avait dès le départ perdu le 'c' de Baschung. Chatterton avait ensuite élevé le débat avec des textes hallucinants et hallucinés, poétiques (À perte de vue, Un âne plane, ...) et témoins de la froideur de la société (J'passe pour une caravane, J'ai longtemps contemplé,...).

Mais rien ne permettait de s'attendre à un disque aussi magnifique que Fantaisie Militaire.

Impressionnant par la qualité globale du disque, sa richesse, sa diversité, le disque a marqué son temps et il fallait un peu de recul pour comprendre que toute la beauté des mélodies, toute leur originalité... toute la limpidité du travail sur les paroles qui s'appuyaient sur des registres sémantiques et figures littéraires rares et audacieux... étaient aussi en partie dus à l'entourage rassemblé autour d'Alain Bashung jusqu'au choix de l'ingénieur du son Ian Caple, assisté pour l'occasion par le non-moins talentueux Jean Lamoot.

Les participants à ce disque ont tout d'un all-star band, qu'il s'agisse de la paire pop des Valentins, de Rodolphe Burger sur le titre Samuel Hall, la participation d'Adrian Utley de Portishead, et le talent de Joseph Racaille pour les cordes.

[ Alain m'a parlé un peu de l'histoire de la Varieté française...

et comment il voulait éviter cela ! ]

Ce disque est le premier d'un artiste français sur lequel a travaillé le touche-à-tout sonore anglais dont le nom renvoyait à des albums magnifiques de Baby Bird, Suede mais surtout Tindersticks. Un premier pas dans l'univers de la chanson française, un pas de deux, qui aura apporté autant à l'un qu'à l'autre.

Oui, Fantaisie militaire a été le premier album français sur lequel j'ai travaillé, dit Ian. Avant cela, je connaissais très peu la musique française. Je connaissais quelques albums de Gainsbourg, Melody Nelson en particulier, et j'adore... le son de sa voix et les orchestrations.

Je connaissais aussi quelques chansons de Brel, beaucoup de ses meilleures chansons ont été traduites en anglais et de nombreux artistes les ont reprises. J'ai découvert Brel à travers Scott Walker et David Bowie, donc il a toujours eu une image légèrement exotique et romantique pour nous en Angleterre.

Bashung m'a parlé d'autres artistes qu'il m'a conseillé d'écouter et je suis devenu accro à la découverte de certains des plus grands et de leur histoire... Ferré, Polnareff, Brassens, Nougarou ... C'est incroyable parce qu'ils ont tous eu de longues carrières et nombre d'albums différents. C'est un véritable voyage que propose chacun d'eux.

Mais lors de notre première rencontre, Alain m'a parlé un peu de l'histoire de la Varieté française et comment il voulait éviter cela ! Il ne voulait pas faire l'album conventionnel qu'on attendait probablement de lui, il voulait prendre des risques et faire quelque chose de nouveau.

J'ai toujours eu un énorme respect pour lui et aimé son sens de l'aventure !

Cette aventure-là est décrite par ses participants comme un plongeon dans une véritable ruche*.

En studio, il y avait Edith (Fambuena) et Jean-Louis (Piérot) des Valentins, que je n'avais jamais rencontrés auparavant, et Martyn Barker et Simon Edwards, à la batterie et à la basse que j'ai ramenés d'Angleterre. J'avais travaillé avec les deux pendant de nombreuses années avec Shriekback et je savais à quel point ils étaient bons. Ils pouvaient changer une chanson en la faisant groover... C'était une bonne combinaison.

Adrian nous a rejoint pendant quelques jours. J'aurais aimé avoir plus de temps mais je pense que Portishead était sur le point de partir en tournée, donc il n'avait que quelques jours. Pour gagner du temps, j'ai enregistré tout ce qu'il jouait et je l'ai édité plus tard. Il a été génial, il a apporté à l'album ce son typique cinématographique qui est le leur, poursuit Ian.

Je n'ai pas rencontré Rodolphe avant le mix à Londres. Il est venu pour écouter le mix. Sur Samuel Hall, nous avions testé de nombreuses couches de percussions mais finalement je suis retourné aux pistes originales de Rodolphe et j'ai gardé un mix très simple. Il a aimé et nous sommes devenus de bons amis depuis... J'ai retravaillé avec lui plusieurs fois au fil des années dans son magnifique studio en Alsace, sur certains de ses propres albums et aussi sur de récents albums de Higelin.

[ Joseph Racaille est venu au studio pendant un ou deux jours...

Puis il est parti. Je ne l'ai plus revu avant d'entrer au Studio Davout ]

Joseph Racaille est venu au studio pendant un ou deux jours... pour écouter les chansons, puis il est reparti pour écrire ses magnifiques arrangements de cordes. Nous avons fait écouter les chansons à Joseph et je lui ai donné quelques idées globales sur l'endroit où les cordes seraient et je lui ai fait écouter quelques disques de Nick Drake et Nina Simone ! Puis il est parti. Je ne l'ai plus revu avant d'entrer au Studio Davout à Paris pour l'enregistrement des cordes.

Entre programmations, percussions, clavecin et guitares surgissantes, Fantaisie militaire regorge effectivement de cordes qui passent parfois presque inaperçues à la première écoute tellement elles s'insèrent dans la logique des titres, en léger retrait par rapport à la voix quand nécessaire...

Alain et moi avions beaucoup parlé des cordes de l'album. Il connaissait les albums de Tindersticks et la façon dont j'avais enregistré les sections de cordes. Avec les Tindersticks, j'avais utilisé toutes les meilleures techniques apprises à Abbey Road pour enregistrer les cordes mais j'y ai aussi ajouté des micros lo fi supplémentaires pour maltraiter un peu le son.

Il était toujours inquiet de l'aspect Variété française que les cordes apportent et il ne voulait pas que cela rende les chansons douces et sirupeuses. C'est toujours un danger. Je lui ai dit que nous pouvions utiliser la puissance des cordes et leurs éléments mélodiques sans la douceur luxuriante, si nous trouvions le bon arrangeur et si nous étions un peu audacieux lors de l'enregistrement.

Nous avons écouté de nombreux albums pour trouver le bon arrangeur et Arthur H en avait un que j'aimais vraiment. Les arrangements de cordes étaient super, vraiment différents. Il avait une approche presque avant-garde/abstraite du son et je sentais qu'il pouvait être l'homme de la situation. Cela cadrerait très bien avec la nature abstraite des paroles. Joseph Racaille était l'élu !

[ Il y aura toujours des différences dans la musique française et anglaise...

Cela a beaucoup à voir avec la structure des langues ]

Raconté ainsi, tout semble très fluide, mais ce n'était pas forcément sans accroc, raconte Ian.

J'ai eu l'impression que beaucoup de producteurs de disques traditionnels en France à l'époque étaient comme des réalisateurs de films, des intellectuels angoissés cherchant leur vision ! donc je pense que c'était un peu un choc pour les musiciens français quand ce type anglais arrive au studio avec une approche ouvertes aux expérimentations et qui dit juste... Ok ! Amusons-nous et tentons quelques trucs !... mais je pense que le résultat donne quelque chose de très unique et original... et je ne vois pas comment nous aurions pu faire aussi bien autrement.

(Alain) m'a raconté que Gainsbourg, dans les années 60, allait toujours à Londres enregistrer avec des musiciens de session anglais parce qu'il aimait l'attitude et le son qu'ils avaient, mais, souvent, dans les années 60 et 70, les artistes anglais se sont rendus en Amérique pour produire leurs meilleurs albums... les Stones, Cream, Led Zeppelin, etc.. donc je pense que parfois c'est le mélange qui fait le résultat intéressant.

Il y aura toujours des différences dans la musique française et anglaise. Cela a beaucoup à voir avec la structure des langues mais ce serait horrible si chaque pays et chaque culture étaient les mêmes ! Vive la différence!

À cette époque-là déjà, Alain Bashung avait cette réputation d'être très à l'écoute, curieux musicalement autant qu'exigeant, orchestrant et supervisant le tout.

La relation de travail était très bonne. Il a choisi les gens avec qui il voulait travailler et il nous a fait confiance. Il savait que même s'il avait beaucoup d'expérience en tant qu'artiste, il est toujours important de rester ouvert aux idées et aux nouvelles méthodes. Il nous a donc laissé travailler les chansons pendant qu'il travaillait sur les paroles.

Il nous laissait généralement travailler les chansons, chaque fois que je lui posais des questions sur certaines choses, il répétait qu'il avait entièrement confiance en nous et qu'il était très content de la direction que je prenais.

C'est toujours bon de l'entendre de la bouche de l'artiste! Nous avons enregistré la voix à la fin du mix à Londres, donc je travaillais sur le mixage et ensuite Alain chantait sur le morceau fini. Parfois il demandait que certaines choses soient changées ou réarrangées pour s'adapter aux mots. C'était bien. Le mix est toujours un processus de simplification de certaines parties pour que la chanson fonctionne mieux.

Je laissais Alain décider des prises vocales qu'il aimai, mais en général il y arrivait très facilement, il les avait travaillées dès le début de l'enregistrement, donc la prise était bonne tout de suite.

Dès le début, je lui ai demandé la signification des paroles et j'ai fait faire quelques traductions en anglais, mais j'ai vite compris qu'il y avait parfois beaucoup de significations différentes et qu'il dessinait une image de paysage avec ses mots... Quand un jour j'ai dit que je n'avais pas compris une phrase, il a répondu Ne t'inquiètes pas, personne ne comprendra !.

Expérience marquante s'il en est, nombre d'artiste français ont depuis fait appel aux services d'Ian Caple, mais le temps passe, les références changent et les artistes faisant aujourd'hui appel ayant différents repères.

Récemment, on m'a dit : Fantaisie militaire ? C'était l'album préféré de mes parents !

C'était en 1998, il y a presque 20 ans. Un album qui n'a pas livré tous ses secrets. Gageons que son label prépare vaillamment de quoi en fêter l'anniversaire.

*http://abonnes.lesinrocks.com/musique/critique-album/alain-bashung-fantasie-militaire/

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