14 oct. ~ Chapelier Fou ~


l Chapelier Fou l Muance l

Parler musique n'est pas une science exacte, la musique elle-même étant une affaire de passion, autant de la part de ceux qui la créent que de ceux qui l'écoute. Les premiers sont un préalable vital à l'activité des seconds, ainsi qu'à tout un groupe de professionnels qui en oublient un peu trop souvent que c'est grâce à l'artiste qu'ils se sont définis un modèle économique et que parfois, il ne serait pas incongru de rendre à aux artistes la monnaie de leur pièce... en jouant avec plus de coeur leur rôle de mainates de la musique.

Ceci étant dit, la musique s'apprécie autant que certain la calculent. Chapelier Fou appartient autant à la première catégorie qu'il ne sous-entend appartenir à la seconde.

Le Messin, de Metz, la ville, pas le groupe, tire son nom, comme il l'a expliqué déjà maintes fois, de la source des samples qu'il avait l'habitude d'expurger d'Alice au pays des merveilles, bien que le personnage en question ne soit jamais appelé ainsi dans l'oeuvre de Lewis Carroll. Quoiqu'il en soit, en quatre albums (613, Invisible, Deltas et Muance), quelques EP (Darling darling darling, Scandale!, Al Abama) et moult remixes, Louis Warynski a fini par démontrer qu'il faisait de la musique comme d'autres font des mathématiques.

Du coup comment parler de la musique de Chapelier Fou sans tomber dans un côté rebarbativement technique ? Et surtout que dire de cet album Muance et plus précisément comment aborder, cette nouvelle série de titres créé par un personnage qui s'échine à tordre l'univers de ses compositions à chaque nouvel objet sonore qu'il livre ?

Un attaché de presse avisé et connaissant son métier résume à bon escient la chose et nous met sur la voie.

Avec Chapelier Fou, la clef (de fa ?) est dans ce qui se cache derrière le titre, expliquait-il, ouvrant la porte au contenu de ces quelques lignes.

[ Bela Bartok n'a-t-il pas composé en utilisant le nombre d'or ? ]

Muance sonne, au propre comme au figuré, comme l'objet d'une mutation tout en nuance, et trouve son nom dans une pratique théorique musicale basée sur l'utilisation de six notes au lieu de sept habituellement, comme l'explique sommairement Louis au webzine lyonnais Soul Kitchen.

On ne doit pas pratiquer de muance quand cela n'est pas nécessaire, prévient fort à propos l'auteur de l'article Wikipedia sur le sujet. Il n'en fallait certainement pas plus pour justifier et inciter le Chapelier Fou à réfléchir à un ensemble de titres basé sur ce principe d'hexacorde, qui en devient un OuLiPo, ou plus précisément un OuMuPo, ouvroir de musique potentielle.

Sans revenir sur la longue liste de musiciens qui pratiquaient leur art en divisant les longueurs de cordes comme d'autres coupent les cheveux en quatre - Bela Bartok n'a-t-il pas composé en utilisant le nombre d'or ?-, on rappellera que Pythagore, connu pour sa théorisation du triangle, considérait la musique comme une science de mathématiques, à l'instar de la géométrie, de l'arithmétique, et l'astronomie.

De cordes, ou de fil, en aiguille, c'est, du coup, bien dans les étoiles que nous projette le Chapelier Fou avec ses Octaves brisées, son Anti-valse et la version rigoriste du canevas de ce disque...

... le Super Hexacordum.

De manière plus profane, l'appel du pied du titre s'exprime par une finesse et une fluidité des compositions plus cinématique que jamais et qui voit presque passer au second plan son instrument de prédilection, le violon.

Histoire de semer le doute, Les deux premiers morceaux commencent par une avalanche de cordes mais c'est pour mieux pousser l'exploration des ambiances qu'il n'avait fait qu'effleurer lors de sa rencontre avec le collectif d’artistes Lab212 et qui avait donné lieu au disque Kalia, en référence à l'exercice présenté au Barbican Centre à Londres pour le projet d'art numériques Les métamorphoses de Mr Kalia.

À l'époque, les neufs tableaux d'à peine deux minutes trente ne pouvaient que laisser un goût de reviens-y pour laisser parler la musique plus longuement. C'est chose faite.

Muance est ainsi aussi l'occasion pour Louis Warynski de revenir à une manipulation plus experte de l'instrument sampler... Certains des intervenants du documentaire Soundbreaking parlent très bien de l'immense liberté offerte par une machine dont l'utilisation dépasse le copier/coller/découpage et permet d'appréhender des instruments qu'un musicien sait, ou pas, jouer mais dont il souhaite utiliser les sonorités pour sa musique.

Tout ça pour dire, que l'écoute de ce disque limpide et fluide ne laisse aucun doute sur la validité de cette théorie de la muance. Un grand merci au Chapelier Fou d'avoir sorti ce lapin de son haut de forme.

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