13 jan. ~ Françoiz Breut ~

January 12, 2017

 l Françoiz Breut l Zoo l

 

Chaque album de Françoiz Breut est un plaisir renouvelé.

 

En premier lieu, j'avais imaginé revenir, ici, sur l'album Une saison volée, tellement des chansons telles que Km 83 ou Le ravin sont, à mon sens, parmi les plus belles de ces 20 dernières années.

 

Ses interprétations ont toujours été renversantes de délicatesse et de sensibilité, la voix certainement. Des gens de talent lui ont prêté la plume. On aurait pu craindre que la délicatesse qui caractérise son oeuvre ne la laisse perdue, esseulée dans une scène qui voyait à l'époque arriver de nouveaux monstres tels que Dominique A, Little RabbitsMarried MonkMendelson, Jérôme MinièrePerioYann Tiersen... On aurait pu craindre qu'elle ne soit effacée par l'étoffe de cette mâle déferlante. Mais déjà, elle s'imposait comme une réponse frenchie à l'Americaine Paula Frazer, époque Tarnation.

 

Le magnétisme qu'elle exerce et la force qu'elle dégage sur disque comme sur scène ne laissent cependant aucune place au doute. Elle en impose par une forme de fragilité mutine et de force bienveillante. Il suffisait de la voir en action sur les trop peu nombreuses étapes de la caravane du souvenir qui rassemblait récemment quelques joyaux du label audacieux et défricheur qu'était Lithium... Ou, il y a quelques minutes encore*, entourée de Roméo Poirier, à la batterie, Marc Mélia, aux claviers, et surtout de son complice Stéphane Daubersy, le plus souvent à la basse** (oui la basse (!) jouée comme une guitare, comme le faisait Stef Kamil Carlens aux débuts de dEUS).

 

Transition de luxe pour souligner que c'est aujourd'hui depuis la Belgique qu'elle prend sa plume à elle pour nous écrire ses plus belles lettres de poésie, avec cette même capacité rare à poser des mots sans chercher la rime, sans même chercher à respecter les mesures et le format académique de la chanson. Un exercice d'équilibriste qu'elle semble réussir les yeux fermés.

 

Quels qu'aient été les détours, les aventures ou les prises de distance, c'est apparemment entre Bruxelles et Bristol que la lumière a rejailli.

 

Quatre ans après La chirurgie des sentiments, c'est ressourcée qu'elle nous invita à la visite de son Zoo imaginaire aux allures de cirque fantastique. On y flâne 45 minutes durant, sans effort.

 

Comment ne pas se laisser envahir et submerger par ce doux sentiment d'irréel alimenté par des textes et une voix toujours impeccable. Chapeau bas au passage pour la dentelle musicale confectionnée par le multi-instrumentiste Stéphane Daubersy mais aussi Adrian Utley, de Portishead.

Il se dit que ce dernier serait un fan de la première heure. On lui en voudrait presque de ne pas avoir offert ses services plus tôt, mais on lui pardonnera aisément vu le résultat du travail avec Beth Gibbons.

 

De fait, la musique et les arrangements semblent ici n'avoir que pour seul but de souligner et d'envelopper la douceur et la sensibilité de son timbre de voix.

 

N'aie pas peur de l'ombre, quelques mots qui sonnent comme une évidence tant sa Danse des ombres est lumineuse.

 

On aimerait tant pouvoir planer, défier la loi de la gravité, suggère-t-elle À pic ! Objectif atteint.

 

Et comment ne pas succomber à ce I met you in a dream dont les inflexions donnent des frissons (Deep Sea River) et dévoilent sa vraie nature de sirène, qui comme d'autres avant, laisse les hommes attachés au mât d'un navire qu'elle gouverne, sur disque et en live, au propre comme au figuré ?

 

Inspirez, laissez-vous porter, emporter, dériver au rythme des mélopées aladines d'un Jardin d'Eden aux allures de labyrinthe de Pan... Chaque titre est comme une cage ouverte dont s'échappent autant d'oiseaux magnifiques.

 

En résumé, un Zoo sans bête sauvage, en apparence, mais d'un exotisme furieusement séduisant et dans ce Zoo bizarre, je ne sais pas si l'amour restera une espèce en voie de disparition mais tout donne à voir et à croire que la lumière ne s'y éteindra pas de sitôt. 

 

*en concert le 12 janvier au soir, à la Marbrerie, à Montreuil

**le plus souvent, mais aussi à la guitare, à la batterie, à la trompette 

 

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Patrice Mancino

French-o-rama, 365 disques qui ont marqué mon parcours d'insatiable fan de musique(s), né avec la radio FM et devenu programmateur de radio indépendante obstinément défricheuse. 

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