08 oct. ~ Fiend ~


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Fiend a tout du groupe qui vit avec son temps. Un temps qu'il prend posément avec trois albums en douze ans d'existence, en gros tous les quatre ans depuis 2005, le troisième étant attendu pour le début de l'année 2018...

Chaque nouvelle sortie profite à la fois de l'expérience de ses membres et de cette distance avec une quelconque urgence qui vient de leurs parcours respectifs et de l'exigence qu'ont Heitham, Nico, Michel, et Renaud à faire une musique qui correspondent avant tout à leurs envies... avec une forme d'intransigeance dans la recherche du compromis idéal, c'est-à-dire qui ne se ferait pas au détriment d'un autre.

Je ne veux pas faire de compromis pour la musique, le contenu. On le fait exactement comme on veut, dit simplement Heitham Al-Sayed.

On a tous des autres projets, un travail et franchement, on est pas pressés. On vit pas ça comme un groupe de 18 ans qui démarre une carrière (...) On n'a pas le luxe d'être ensemble dans un squatt pendant six mois et de tourner pendant un an, résume-t-il pour mieux souligner un attachement à la qualité plutôt qu'à la quantité.

L'exception c'est les Melvins ! Ils ont un débit ! J'ai jamais compris ce qui les propulse après quoi 35 ans ? Ils font deux cents dates par an minimum et au moins un album et demi, deux albums par an... Mais ils ne font que ça !

Pour Fiend, la perspective est différente.

Vu que c'est un projet purement artistique pour moi, l'aspect commercial ce n'est même pas secondaire, c'est... encore plus loin... tant que c'est bon je m'en tape !

Heitham reste connu pour ses oeuvres au micro du groupe technopunk rap londonien Senser, tandis que Nico, collectionneur de musiques déviantes*, sixties, musiques de films, officie en parallèle dans Dent et dans les tout aussi exigeants Tigres du Futur.

Michel, outre une carrière au sein de Treponem Pal, jusqu'à Elephant System, a tourné et/ou joué avec Prong, Ministry, KMFDM... Ses membres ont tous un parcours et une culture musicale large et affirmée.

Je ne connaissais pas Treponem Pal quand je suis arrivé et à force je me suis rendu compte que c'est quelque chose de très important en France, concède Heitham pour commencer à dérouler ce qui a amener à la création de Fiend qui mélange aujourd'hui doom et de sludge, avec ce qu'il faut de nervures orientalisantes, naturelles dans ce genre de musique, et pour le chanteur, qui a passé une partie de son enfance en Arabie Saoudite.

Au début des années 2000, il raconte avoir entamé une deuxième vie, en se lançant dans un projet de type power duo avec chanteur... qui s'appelait Entronaut**, avec Justin et Paul Stone, qui ne survivra pas à son déménagement en France. Le projet marque le début d'un travail d'une musique un plus heavy avec des textures plus bizarres, raconte-t-il...

[ J'ai mis une pub sur un forum... genre Musicians Wanted ]

J'étais déjà branché hip hop à 11 ans en 82... avec Senser, pour moi c'était facile... Je savais comment structurer quelque chose comme ça, parce que c'est une musique que j'ai écouté toute ma vie... Avec The Operators, un autre groupe, on n'a même pas fait de disque mais des supers concerts... et avec Entronaut, c'était le début d'une vie parallèle…

...mais quand j'ai déménagé, ça a tenu un temps mais on ne pouvait pas vraiment faire ça à distance parce qu'on n'avait pas les moyens... dit-il en comparaison à Senser dont la notoriété lui permet de poursuivre à distance le travail et de faire les allers-retours si besoin.

... donc je voulais monter un groupe ici, explique-t-il.

J'ai mis une pub sur un forum, qui s'appelle Slow End, un truc de doom, stoner, heavy français... genre Musicians Wanted. Je démarre un groupe... pour les influences, j'ai dit des trucs que j'aimais moi à l'époque... J'ai mis Swans, Melvins, Meshugga, Sleep, un truc assez varié…

Et bien sûr j'ai eu des… Bien sûr ! Je veux être dans ce groupe-là !!!... mais on va dire que 80% des gens que j'ai rencontrés aimaient cette musique mais ils ne l'avaient jamais jouée, ils n'avaient jamais essayé même... se remémore-t-il au sujet d'un déroulé des événements, treize ans auparavant.

...donc on a testé plein de gens... Une des premières personnes que j'ai rencontrées c'était Karine Larivet, Françoise Massacre, et puis Karine m'a présenté Simon Doucet qui était le premier batteur sur le premier album, résume-t-il. Simon a joué dans Kickback,... (Shaggy Hound, The Bushmen)... et puis dans Fiend.

Simon m'a présenté Nico... Nico, directement, il y a eu une complicité. On cormprenait les mêmes styles de musiques, lui des trucs un peu plus violents, un peu plus extrêmes, et expérimentaux. C'était bien, ça a ancré le truc... explique-t-il au sujet d'une époque qui correspond au départ de Karine et de Nico qu'Heitham décrit comme ayant... un rapport de mad scientist avec la musique, il veut aller plus loin...

Et puis j'ai rencontré Michel (...) Michel, Nico et moi, c'est devenu quelque chose d'évident... s'exclame-t-il à propos d'un groupe qui a par contre épuisé un certain nombre de batteurs au risque de voir le son évoluer...

Un batteur ça change le son, mais je pense qu'il y a ce truc-là à nous trois, on peut supporter ce changement et maintenant c'est Renaud Lemaître... C'est super batteur, une sorte de prodige. Il a joué avec Johnny Hallyday à dix-sept ans, rigole-t-il. Il est très technique, il vient d'une famille assez stricte dans la musique (...) Il avait sa méthode à 22 ans dans les magasins, raconte-t-il admiratif, au sujet de celui qui a enregistré leur deuxième album, Onerous, datant de 2013. Normalement, il est musicien de sessions mais avec nous, je pense que c'est un de ses projets qui pas juste un job. Surtout pas !

[ On a déjà vécu assez de groupes et de dynamiques de groupes...

pour savoir qu'il faut que ça soit vraiment fun, enrichissant ]

Il est très technique et en même temps il apporte beaucoup de couleur, précise Heitham qui souligne que les attentes du groupe et les siennes sont avant tout de se démarquer par le recherche de mouvements, loin des groupes de la scène doom qui n'ont que deux ou trois riffs (...) et qui ont construits une carrière avec ça, balaie-t-il.

Dans la création, ça arrive qu'il y en ait un qui dise... Arf, Ce riff-là, c'est trop évident pour moi... raconte Heitham. Il faut que ça plaise à tout le monde ! Maintenant, depuis des années, tout le monde amène des trucs. C'est l'écriture de groupe parfaite en fait ! Tout le monde peut amener des trucs sans gêne... Il faut que quand j'écoute quelque chose que ça me fasse un effet… et souvent quelqu'un va faire un truc... et là les autres on dit... C'est à toi ça ? C'est ton truc là ? Euh ouais ! Il est bien ! Faut qu'on garde ça !!!

Depuis un moment, on est orienté, on ne s'est pas exactement vers quoi, mais on va dans cette direction ensemble, sourit-il. Le pire c'est quand il y a des conflits d'ego, que quelqu'un essaye de dominer parce qu'il faut un leader... Ça, on a bien dépassé tout ça. On a déjà vécu assez de groupes et de dynamiques de groupes pour savoir qu'il faut que ça soit vraiment fun, enrichissant…

Quelle que soit la longueur d'un disque de Fiend, plus qu'un tracklisting bien choisi, c'est surtout une vision de la musique structurée comme un album qui dépasse la vision du titre par titre.

Y a des trucs plus lents que d'autres. Ça va dans les deux sens. Je voulais pas rester dans les trucs de groupes de doom. J'aime bien Church of Misery, Weedeater mais j'écoute pas des albums en entier. On veut créer des albums qui s'écoutent comme un album, résume-t-il, avouant aimer les albums mid-tempo chez les groupes qu'il affectionne à une nuance près...

Entre hypnotique et ennuyant... dit-il laissant planer le sous-entendu que le choix fait par Fiend ne risque certainement d'être le second. J'aime bien laisser passer les gens dans un état hypnotique mais en live, il y a tellement de groupe qui peuvent faire... mmmmm... fait-il, mimant un headbanging mou avec guitare... pendant tout le concert ! Moi, il me faut quelque chose d'autre.

[ Le premier était enregistré dans un studio de repet...

Tout était un peu à fond, il avait des micros dans le couloir ]

On voulait faire des albums avec des passages très longs (...) mais laisser exploser les choses... Ça ne m'intéresse pas de rester dans un tempo...

Ceux qui ont eu l'opportunité, voire la chance, de les voir sur scène peuvent confirmer, malgré le fait qu'ils aient tendance à faire aussi peu de concerts que de disques, avec la promesse faite d'un troisième disque encore plus large dans ses horizons.

Le premier (Agla, 2009), c'était enregistré dans un studio de repet. Tout était un peu à fond, il avait des autres micros à l'extérieur dans le couloir. C'était à Hoche, à la Baleine...

Le room mic était dans le couloir... pour avoir d'autres sonorités et ça a fonctionné ! Ça a marché, on a l'impression que ce n'est pas une démo. C'était bien mixé ! Il y avait ce côté vraiment à l'ancienne, un peu hardcore. Les voix ont été posées après (...) avec du matériel assez correct... des Neumann, des pré-amplis à lampes... Ce qui fait l'effet album, c'est le fait que les voix sont bien.

Le 2e a été enregistré dans le studio de Renaud, Age of Sound. Ça a été fait un peu de la même manière mais dans des conditions un peu mieux, ajoute-t-il au sujet d'​Onerous qui bénéficie aussi du fait que le disque ait été mixé par leur ingénieur du son de live qui a travaillé à l'Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique.

Si la voix reste un élément important dans la musique de Fiend, c'est aussi et avant tout parce que la culture rap d'Heitham invite aussi à prêter attention au texte, sans toutefois tomber dans la posture de groupe à message.

Dans les trucs que j'écoute, comme EyeHateGod, Iron Monkey, il y a des idées derrières le rideau black, des trucs parfois bien malsains... Agoraphobic Noisebleed, ajoute-t-il... c'est les mêmes mecs de Pig Destroyer, c'est vraiment très brutal et très précis, mais quand tu lis les textes c'est énorme, c'est vraiment énorme, dit Heitham qui dit ne pas envisager la musique sans faire passer, non pas des messages, mais des idées...

Les idées sont importantes, même si l'idée c'est... Y a pas d'idée... c'est toujours une idée. J'aime bien les Melvins, ajoute-t-il. Y a pas grand monde qui peut comprendre ce qui se passe. Parfois c'est juste un effet sonore. Il utilise plus les voyelles et ça c'est important aussi pour moi... comment ça sonne ! Il faut que les paroles aient leur propre musique, ça, ça m'intéresse, confesse-t-il, disant ne pas vouloir donner tout sur une assiette, comme ça, prémâché.

Même les Ramones y a des idées, les paroles sont très basiques, mais ce qu'il y a de sous-entendu derrière, c'est énorme. Donc oui, dans Fiend à chaque morceau, il y a des idées. Si tu veux juste apprécier ça pour la forme tu peux, mais si tu veux plus tu peux, explique le chanteur dont le timbre de voix colle avec cette volonté d'intelligibilité et dont, par ailleurs, le premier livre In the Droom, publié par On Slaught Press, rencontre un certain succès, tourne pas dire un succès certain...

[ Le nouveau, il sonne vraiment. Les compositions sont finalement les mêmes...

mais les nuances de son sont plus importantes ]

Moi, j'ai pas vraiment ce grain de voix abrasif, papier verre, Nico un peu plus. Il va chanter un peu plus sur (le prochain) album, confie-t-il sur ce troisième disque qui aura été enregistré cette fois-ci en multi pistes, donnant encore plus de latitude pour un rendu... plus riche, plus massif, laisse-t-il entendre.

Le nouveau, il sonne vraiment. Les compositions sont finalement les mêmes mais les nuances de son sont plus importantes, souligne Heitham. Je suis super content du résultat, c'est une nouvelle évolution (...) Il y aura des synthés, plus un mélange de voix entre moi et Nico.

Il y aura des trucs beaucoup plus accélérés et des trucs très très lents. C'est encore plus large, je pense, dans le côté création, une direction dans laquelle pousse le Mad Scientist du groupe dit-il en substance.

… Les synthés... c'est nous trois. Michel place des choses en studio... Pour l'instant on essaie de voir comment on va pouvoir faire ça en live... On a commencé un peu... J'ai joué un peu de synthé sur scène au Supersonic, j'ai fait un peu de Mellotron, deux trois trucs... C'est quelque chose qu'on aime bien.

On aime bien tout ce qui est psyché anglais, Hawkwind, le kraut aussi,On a réussi à intégrer tout ça, laissant entendre que les timings des titres devraient en prendre pour leur grade si le kraft entre dans la partition.

Pas forcément, c'est des influences, dit-il. Mais les titres font dans les 8-10 minutes, c'est un peu notre format... Parfois, il y a des trucs un peu plus longs

Viendrait-il seulement à l'idée de quiconque d'imaginer que Fiend fasse dans le formatage à 3'30 ? Pour le reste, le disque repassera au filtre des enseignements de leur ingénieur du son passé par l'Ircam et pourrait inclure dans la boucle un label pour ajouter une voix impliquée dans la défense du projet après la frustration d'avoir vu sortir Onerous en autoproduction totale.

*Vous avez déjà entendu un disque reproduisant le son d'écrevisses dans les fjords norvégiens ? C'est le genre de disques qu'il affectionne en plus d'un certain lot de groupes plus brutaux et d'un fond de glam et de métal...

** un album Hatched Goat Monitor (2006)

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