20 jan. ~ Sloy ~


l Sloy l Fuse/Pop l

Sloy appartient à cette catégorie de groupes qui furent trop en phase avec leur temps mais trop en avance pour la France.

Le début des années 90 était une époque dingue, excitante, pour un pays comme le nôtre qui sortait de ce qu'il convient d'appeler le marasme des années 80. Cette nouvelle décennie voyait des groupes s'emparer de la noise et de l'indy rock d'Outre-Atlantique... pour le plus grand bien de nos oreilles, à la maison, sur les radios indépendantes et dans les salles de concert.

Mais ça n'allait pas être facile, et le plus souvent éphémère, ou tout du moins court, mais intense.

À cette époque-là, quand tu montes un groupe comme ça, à Béziers, c'est déjà mal embarqué. De fait, les trois Sloy eurent tôt fait de s'exiler à Rennes, patrie de l'underground musical sous influence british depuis les années 1980 avec Marquis de Sade, Dominic Sonic et autres Marc Seberg... et à l'époque des Skippies.

Malheureusement, pour nous, Sloy fut un météore. Incandescent sur disque comme sur scène. Mais quelle flamme ! Quel parcours !

L'EP Fuse, loin du pétard mouillé (ah ah pardon, désolé), met le feu aux poudres. ''À peine remis d' At Action Park, on tient un Shellac français", me suis-je dit à l'époque.

Dans la foulée, arrive sur nos platines le maxi Pop,passé du label Rosebud aux Productions du Fer distribuées par le mastodonte des musiques massives Roadrunner. Déjà, le son grossit de manière impressionnante, deux titres live (enregistrés à The Grand, à Clapham (Londres)) et deux titres studio, enregistrés près d'Angers au studio de feu le disciple de Steve Albini... Iain Burgess (1953-2010), le Black Box.

Le simple fait de le dire fait rejaillir des images et des sons, ravive tout le plaisir pris à voir le trio sur scène, notamment à l'Arapaho, salle mythique du 13e arrondissement parisien située au 4e sous-sol d'un centre commercial qui lui existe toujours. Prendre en pleine face le groove sec basse-batterie de Virginie Peitavi et Cyril Bilbeaud. Voir Armand Gonzalez coller une plaque métallique entre le manche de sa guitare et les cordes, l'entendre rugir, exulter, littéralement bouffer le micro...

Ce parcours express de 2 EPs suivis de l'album Plug est en fait l'une des premières fois où j'ai pris conscience de l'influence d'un producteur sur le son d'un artiste. Pas au sens où l'artiste rentre en studio avec ses titres et en ressort reformaté et débarrassé de toute originalité au gré de la bonne volonté d'un maître de séance. Juste qu'une tierce personne extérieure au groupe est en mesure d'apporter un regard neuf sur la musique des principaux intéressés avec ses techniques d'enregistrement, le placement des micros et la définition ou l'affinage d'un son de guitare, de basse, de caisse claire, ...

Tout ceci offre un rendu final qui peut être radicalement différent une fois enregistré. Plug, l'album que Sloy produisit avec Steve Albini, en terre angevine, en est l'un des plus beaux exemples.

Comparez Chocolate Sperm sur l'EP Pop et le même titre sur le LP Plug. Son apport sur cet album, et je ne crois pas qu'il envisage son travail autrement, réside dans la prise de son, la mise en valeur de ce qui est déjà là, mais en asséchant ce qui dégouline, en apurant ce qui noierait inutilement les mélodies, etc...

Leur dernier album (Electrelite) est sorti en 1998. Certains auraient voulu les pousser à chanter plus en français, disait à l'époque Armand, loi Toubon oblige (?), mais pas que. Une forme de conformisme industrialo-mercantile auquel le groupe n'était pas forcément prêt à se plier... Eux voulait garder leur indépendance et leur liberté de mouvement.

Mais Sloy est mort, vive Sloy !

Ils sont passés à d'autres choses, plein d'autres choses*. Et, il est plus que plaisant aujourd'hui d'entendre sur les platines ou dans les set-lists de certains bars ressortir des titres ici et là et nous rappeler combien ce groupe a marqué son époque, réalisant au passage, en cinq-six ans, pas mal de choses dont beaucoup de groupes français rêvaient et rêvent encore... Jouer en Angleterre et en Europe, enregistrer une Peel session (plus difficile aujourd'hui par contre), bosser avec un des meilleurs producteurs du genre, ... c'était en 1994-1995, c'était il y a plus de 20 ans. Déjà !

Chocolate Sperm (Pop EP version)

Chocolate Sperm (Plug LP version)

* 69 (Armand et Virginie), Corleone (Armand), Theo Hakola, Zone Libre, Versari... (Cyril)

#rouge

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