29 déc. ~ Serge Teyssot-Gay ~ Ep.3/3

December 29, 2017

l Serge Teyssot-Gay l On croit qu'on en est sorti l

 

La publication du premier album solo de Serge Teyssot-Gay, en 1996, avait un peu surpris son monde... Qui aurait pu imaginer que les sept titres de Silence Radio (six titres et un interlude ?) seraient le signe avant-coureur d'autant de disques et de projets ouverts aux quatre vents ?...

 

Le foisonnement de ses projets est impressionnant... des fébrilement hybrides Zone Libre, aux lunaires pas de deux musicaux pour guitare et contrebasse avec Joëlle Léandre, ou guitare et vents avec Carol Robinson, en passant par l'esperanto musical des Interzone, Kintsugi Trio, ou la rencontre avec le chinois Xie Yugang, sans compter les rencontres et improvisations avec auteurs, poètes et slammers ainsi qu'avec le peintre Paul Bloas, responsable de la pochette de la pièce musico-poétique Debout dans les cordages, et avant ça, de tout le design de son second album solo On croit qu'on en est sorti

 

Loin d'être exhaustive, cette liste ne fait que montrer un courage rare, une hyperactivté certaine et le caractère trempé de quelqu'un désireux de sortir d'une empreinte sonore qui a contribué rien de moins qu'au succès de pas n'importe quel groupe... Noir Désir.

 

Tu démarres un groupe quand tu es adolescent. C'était le cas avec Noir Dez... et je suis sûr de ça... j'ai vachement réfléchi au fait de dire C'est quoi le son d'un groupe ? ... et je me suis dit, dans tous les groupes tu as des compositeurs et des gens qui ne composent pas, mais si tu enlèves un non-compositeur le groupe n'existe plus quand même...

 

La personnalité d'un groupe c'est tout le monde mis ensemble. Je vais prendre un exemple énorme mais quand Mick Jagger se barre des Stones pour faire une carrière solo tout le monde s'en fout ! Alors qu'il fait des reprises des Stones et que c'est la voix des Stones... Alors du coup comment je pouvais sortir de ça ? interroge-t-il. J'étais bien obligé...

 

[dans le milieu des années 90, j'ai commencé à être...

en manque d'aventure en parallèle de mon groupe]

 

D'abord, je l'ai fait par manque d'autre chose. dans le milieu des années 90, j'ai commencé à être en manque d'aventure en parallèle de mon groupe. Même si je composais, si je faisais tous les arrangements, j'avais besoin de m'échapper... parce que t'as envie d'aventure !

 

Serge dit jouer tout le temps comme il dit avoir besoin de faire évoluer son son, de faire évoluer son jeu, comme d'autres aiment se balader.

 

Ce n'est pas que j'aime bien... j'adore ! J'ai envie de découvrir des nouveaux endroits, d'éprouver de nouvelles sensations que je n'avais pas éprouvées avant. Ce n'est que lié à la guitare finalement, à ce bout de bois et ces morceaux de métal, dit Serge dans un sourire.

 

Une manière de réapprendre à marcher quand tu as passé plus de dix en groupe.

 

Oui, tu apprends, c'est ça, à marcher, à respirer, ou je ne sais pas quoi, confesse-t-il. Et tant que c'était pas bon, je n'arrivais pas à m'arrêter et puis à un moment, un jour tu sais que c'est bon, tu peux pas aller plus loin, et puis tu es en phase avec ton truc quoi !

 

Silence radio est alors comme un électrochoc... Sombre, downtempo, tempêtueux avec une petite accalmie très dEUS sur le titre Waiting... On est en 1996. Rudy Trouvé a déjà quitté la formation anversoise, Stef Kamil Carlens est sur le point de le faire, mais les Belges ont déjà marqué les esprits avec Worst Case Scenario et My Sister=My Clock.

 

C'était une influence à l'époque, confirme Serge. C'est normal ! J'étais encore assez jeune à l'époque ! À ce moment-là, tes influences, elles sont visibles.

 

Dès ce premier album solo, surprise supplémentaire, le guitariste franchissait le pas de s'emparer du micro lui-même... même si l'histoire montrera qu'il retournera à ses cordes de prédilection à la première occasion, pour laisser le porte-voix à ceux qui font les mots.

 

Il resitue les chose...

 

Avec le fait de sortir du son du groupe, je me retrouve seul, vraiment solo. Ce sont des albums solos, avant les premières rencontres discographiques donc où je suis souvent en duo, parfois plus, donc t'es obligé d'avoir ta propre voix, vu que tu es seul. Elle s'impose de fait c'est tout. 

 

Même s'il veut donner l'impression que ce n'est pas si compliqué, force est d'admettre que la démarche reste plutôt rare et de constater qu'il a appris avec Silence Radio à marcher de la plus belle des manières, poursuivant sur la lancée avec l'adaptation de textes tiré du roman La Peau et les Os de l'écrivain Georges Hyvernaud. Un élément déclencheur, un appel d'air.

 

Ce sont des concours de circonstances en fait, plaide-t-il. Parce que le travail sur Hyvernaud... ce bouquin... il s'est imposé comme une évidence. Il fallait absolument que je mette en musique ces mots et à l'époque, j'avais toujours pas rencontré d'auteurs avec qui j'allais travailler dans le futur... et ça s'est imposé à moi comme un truc solo. J'ai pas trop réfléchi, fallait que ce soit moi qui le dise parce que j'étais seul... dit-il, au sujet d'un exercice qui montre qu'en plus d'etre bon guitarist, il est loin d'être maladroit avec le phrasé.

 

Et à partir de 99, j'ai commencé à rencontrer des auteurs. Je trouvais ça génial que l'auteur disent son propre texte et donc ça a été Lydie Salvayre (2006, Dis pas ça), il y en a eu plein, Bernard Wallet (...) mais ce n'est pas lui qui avait dit son texte, Paysage avec palmiers, se souvient Serge au sujet d'un texte... en forme de haïkus, relatifs à son séjour à Beyrouth pendant la guerre (...) qu'il a vécue, là-bas pendant des années... J'avais demandé à Jean-François Stévenin de dire une partie des textes et c'était une première pour moi ! Parce que c'était une improvisation pour France Culture, un samedi à 20h30. Grosse exposition ! résume-t-il. Mais le premier album, c'est un six titre. Je pense que je faisais un titre par mois à raison de douze heures par jour… C'est fou ! Maintenant j'irais évidemment 1000 fois plus vite...

 

Coup d'essais, coups de maître, même s'il n'a jamais fait de dates pour Silence radio. C'est le seul projet où j'ai jamais tourné, c'est le seul. Hyvernaud, j'ai dû faire je pense une centaine de dates, ce qui est énorme, surtout maintenant, où les tournées sont beaucoup plus courtes. Je l'ai énormément tourné, très longtemps, partout.

 

[ Hyvernaud, c'est vraiment hyper produit...

mais j'ai passé neuf mois dans la cave ]

 

Pour le reste, dès le début, Serge assume tous les postes... basse, guitare, synthé, boîte à rythme, harmonica, piano, chant, metallophone ainsi que l'enregistrement, la réalisation et donc la production... 

 

... quand nécessité fait loi, avec une forme de jusqu'au-boutisme de l'expérience solo...

De fait, Silence Radio, à l'image de sa pochette, dessinait une forme de nappe monde personnelle qui contenait déjà les ferments de l'avenir... le phrasé plus que le chant qui ferait l'essence de son second disque, mais ceux notamment de Zone Libre et de toutes ses déclinaisons.

 

C'est vrai que la partie production artistique d'un album c'est... Je produis toujours mes disques en fait mais je ne les mixe pas, parce que je suis un très mauvais mixeur... sauf mes solos, mes deux premiers. Mais quand je suis à plusieurs... je fais appel à mon ingé son, Martial de Roffignac, qui est aussi mon ingé son live et qui fait mes albums avec moi. Évidemment j'écoute, on fait ensemble, mais lui il a les compétences que je n'ai pas pour mixer, masteriser...

 

Les deux premiers, je changerais rien, ajoute-t-il néanmoins. Je trouve ça super. Hyvernaud, c'est vraiment hyper produit mais j'ai passé neuf mois dans la cave !!!... et je suis allé jusqu'à aller en studio mixer ce que pensais être des maquettes, confesse-t-il. Aller dans un putain de studio, réenregistrer un putain de piano, qui est le dernier morceaux de l'album Je me tais. T'enregistres avec un piano à queue, un putain de micro à bande et tout, et puis, en fait, ça sonne pas, y a pas de musique dedans... Donc, j'ai gardé l'enregistrement de mon radio cassette à piles de ce piano... parce qu'il y avait plus de musique dedans. 

 

Les trois quarts des morceaux de cet album sont que j'appelle des mises à plat... dans mon studio plutôt que des mixes dans un méga studio où j'ai quand même passé dix jours... et au final il n'y avait pas de musique ! J'avais perdu quelque chose. Ça aussi c'est un truc que j'ai appris. ça m'a complètement décongestionné sur le... Faut aller dans un bon gros studio pour avoir un bon son ! C'est pas vrai, c'est 'Le mieux est l'ennemi du bien'.

 

... même si nécessité fait loi, il est regrettable qu'à un moment, nombre de projets de Serge échappent à la sphère des musiques actuelles, pour voir s'ouvrir les portes du milieu jazz, d'Avignon et autres sphères contigües avec lesquelles les intersections sont trop rares... et certainement pas à l'avantage des premières... 

 

Malgré des noms comme Akosh S., Mike Ladd, Saul Williams, Casey, Marc Nammour, même Cyril Bilbeaud, autant de noms qui semblent ne pas aidé à percer un certain plafond de verre sauf si l'on est anglo-saxon et qu'on s'appelle, par l'exemple, Nirvana ou Rage Against the Machine....

 

Je ne pense pas qu'on puisse crever aucun plafond (…) Effectivement et heureusement, tu as de temps en temps des exceptions qui font que tu as des gens qui arrivent et qui bouleversent complètement les normes, qui inventent autre chose... Nirvana, ils ont fait vachement de bien au rock... après le Rage Against the Machine, c'est génial, j'adore ce groupe, mais ils ont tout emprunté à Urban Dance Squad. Mais bon, tant pis, à un moment, il y a un de ces groupes qui arrive et qui défonce tout… pour moi ce qui est le plus terrible, c'est que les marchands récupèrent tellement tout, que tout est normé, tout est sans goût ou tout a le même goût. 

 

[ je suis toujours étonné que les gens écoutent ma musique ! ]

 

Pour moi, ce n'est pas un combat ça. En tant que producteur, je pense qu'on peut vivre en parallèle de ce monde normé, et du coup c'est ce que je fais, on utilise internet pour travailler en réseau, et ça marche plutôt bien. On vit en parallèle, c'est pas évident parce que c'est beaucoup de boulot mais je suis toujours étonné que les gens écoutent ma musique ! Je trouve ça génial ! Je fais ça pour ça aussi, faut pas déconner !

 

Même si Serge reconnaît avoir la chance de s'être fait un nom, encore fallait-il le faire, son parcours montre de toute façon qu'il ne s'en contente pas...

 

Je fais toujours ce que j'ai musicalement envie de faire. En gros, je n'ai jamais fait de concessions pour ma musique. C'est inconcevable pour moi et je suis étonné que je puisse continuer d'avancer malgré que je vienne d'un groupe hyper connu... mon nom, en tout cas dans le milieu musical, est connu, dans le milieu des organisateurs, les gens connaissent mon nom, etc... mais je suis hyper touché qu'il y ait de jeunes guitaristes qui viennent me voir et qui me disent Je fais de la guitare grâce à toi ! J'écoute Noir Dez, mes parents écoutaient Noir Dez. C'est grâce à toi, ça m'a donné envie. C'est possible, parce que mes parties de lignes claires sont simples, donc assez accessibles. Probablement elles parlent à pas mal de gens.

 

Depuis, ses deux premiers disques, la guitariste n'a eu de cesse de faire progresser son son, comme il dit, triturant son instrument, explorant les limites pour mieux les repousser, notamment par le travail sur l'improvisation... qu'il pratiquait le plus souvent à plusieurs jusque là. En public en tout cas.

 

J'ai commencé à faire des guitares solo. Mon premier c'était à Shanghai, un concours de circonstances. Il n'y avait rien d'incroyable... Et quand je suis revenu en France, je me suis dit que peut-être je commence à être mûr pour faire ça... Dans le futur, j'en ferai. Je reviendrai à l'aspect disque solo, mais sans voix, que guitare. Et j'ai plein de pistes pour ça, c'est juste que je n'ai pas encore eu le temps d'enregistrer... mais je vais le faire !

 

De fait, si le nom de Teyssot-Gay ouvre des portes, Serge fait plus que de s'en contenter...

 

Je le fais toujours dans l'opportunité de rencontrer et de discuter, de transmettre, oui, transmettre des infos en tant que guitariste qui a quand même de l'expérience de jeu... parce qu'il y a des choses dans mon jeu que j'ai apprises d'autres improvisateurs ou juste par moi-même et qu'on ne peut pas apprendre ça dans les bouquins.

 

Pour dire, je joue avec des plumes, des coquillages (...) du bois, pas mal d'appareillages que j'ai trouvés... qui fonctionnaient bien avec la guitare... des bouts de verres, mais pas n'importe quels bouts de verre, donc il faut que je donne des indications, explique-t-il. ...Quel type de bout de verre fonctionne bien, quel type de coquillage fonctionne bien si vous êtes intéressés par ce type de recherche sonore, pourquoi l'archer fonctionne sur ma guitare...

 

J'ai mis des années avant de comprendre par exemple qu'eh bien il faut un micro hyper puissant ! Et j'avais une strato(caster), ma première strato... et j'avais un micro pas très puissant. Je ne comprenais pas pourquoi mes potes qui jouaient à l'archer comme (Jean-François) Pauvros. J'adore ce guitariste. Je me disais Putain ça marche trop bien, le son, sa SG, c'est énorme ! 

 

Et évidemment je ne lui ai jamais posé la question, puis un jour, par accident, j'ai pris une autre guitare, j'ai deux strato, et ma 2e strato a un micro vachement plus puissant (...) et ça marche ! Mais putain personne m'avait dit ça, alors moi j'ai envie de le dire à des jeunes mecs qui viennent me voir Eh ! les mecs si vous voulez que ça marche c'est simple hein, faut un micro puissant... si t'as une Les Paul t'es le roi du monde, ça va fonctionner tout de suite, tu vas à peine toucher les cordes avec ton archer... ça va fonctionner direct. Si t'as une guitare avec un micro pas puissant tu seras comme un con, ça marchera pas !

 

[ j'ai commencé à faire des solos... j'en ferai plus dans le futur...

quand j'aurai progressé un peu plus ]

 

Donc j'ai commencé à faire des solos... j'en ferai plus dans le futur quand j'aurai progressé un peu plus. J'ai besoin de progresser sur certains trucs, dans certains domaines, et pour filer plein de tuyaux... Je n'ai aucun problème avec ça... filer carrément tous mes enchaînements de pédales, quelles pédales j'utilise... Je file tous mes tuyaux, explique le guitariste. Forcément ! J'ai passé tellement de temps avant de développer ce que j'ai développé que je trouve ça important de dire comment je fais, telle pédale, pourquoi ça marche pourquoi ça marche pas, ajoute-t-il, avec cette conviction qu'en communiquant les choses, tout le monde progresse.

 

Oui, tu vois... il y a une pédale qui s'appelle Bass Micro Synthetizer. C'est une pédale des années 70. Je l'ai utilisée pendant 10 ans. Je la trouvais géniale sauf que je n'arrivais à rien avec... mais potentiellement je la trouvais géniale ! Et comme je suis complètement borné, buté, tant que je ne tire pas quelque chose d'une pédale je ne lâche pas l'affaire, sourit Serge... J'ai mis dix ans avant de trouver comment la faire fonctionner, et en fait, c'était tout con... c'est qu'il faut rentrer dans cette putain de pédale avec un niveau de cheval... Maintenant, ils font des versions numériques. Je ne sais pas ce que ça vaut parce que moi j'ai acheté cette pédale dans les années 90, et je sais que celle des années 70 sont encore mieux, mais c'est quand même des pédales faites mains (...) et donc tout ça c'est des tuyaux que je file à tous les grateux.

 

Je fais le truc comme ça... raconte-t-il. Je m'amène sur scène, je joue 40 minutes, je fais une impro, une réelle impro... en gros je décide de ce que je fais vraiment sur le moment. Ce qui m'intéresse c'est de faire un truc hyper jaillissant. Et à l'instant où je finis, je pose ma gratte et je commence à discuter avec les guitaristes... parce que j'ai remarqué un truc,... tu as une sorte de miroir à péter, c'est comme si te étais professeur et moi je n'ai pas cette capacité de pouvoir apprendre des choses de façon traditionnelle à d'autres personnes... parce que ce n'est pas ça qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse, c'est de montrer les trucs zarbis que j'ai appris. Je trouve ça intéressant, parce que sinon apprendre de façon traditionnelle il y a plein de façons de le faire, il y a plein de très bons profs et c'est vraiment un métier.

 

Mon truc c'est montrer d'autres choses qu'on n'arrive pas à apprendre à l'école, je trouve ça génial, poursuit-il. ...Je dis Bon vous voulez savoir quoi ? T'es guitariste ? C'est quoi qui t'interesse ? ... le son avec le morceau de verre ?... OK, le morceau de verre, c'est un morceau de verre vachement particulier, alors je vais vous montrer différents morceaux de verre et pourquoi celui-ci sonne mieux, pourquoi j'ai des graves avec ce son de verre, pourquoi tu peux avoir des graves avec le mien... Tu rentres dans un truc, un processus technique qui est hyper intéressant, pour certains.

 

Même si je touche deux personnes, je trouve ça génial, ça me fait hyper plaisir et je passe généralement deux heures trois heures à discuter avec eux. il y a les profs qui sont là, ils sont contents... J'étais à la Rochelle une fois... leur cours d'après c'était Bin on va aller sur la plage pour trouver du matériel qu'on va pouvoir utiliser pour les guitares électriques ! se souvient Serge avec un grand sourire, validant au passage les bienfaits de la théorie de l'accident.

 

Au milieu de tout, ça se pose la finalement la question du temps de cerveau disponible... et de temps disponible tout court. Que reste-t-il pour l'écriture, qui subsiste dans certaines part de projets tels que Zone Libre ou Interzone notamment, quand l'improvisation prend autant de place ?

 

J'écris tout le temps en parallèle de ça, rétorque Serge. C'est hyper complémentaire parce que la musique écrite nourrit la musique improvisée et inversement. Je me sers des choses que j'ai apprises en musique improvisée pour la musique écrite, donc je fais tout le temps en parallèle les deux. Mais j'ai commencé à réfléchir comme ça... c'était en 2000...

 

[ Ma voix c'est mon son, plus que ma musique ]

 

À l'époque où j'ai monté mon label (Intervalle Triton, NDR), j'ai commencé à être indépendant réellement par rapport à mes productions. Je me suis dit... pour progresser musicalement il faut aussi que je change ma façon de travailler au quotidien, ce qui veut dire que je répète moins, voire plus du tout. Donc j'élimine un poste super important, c'est le local de répet... j'ai fini par arrêter réellement les répétitions. Ça m'arrive très rarement de répéter, c'est exceptionnel (...) Tu perds du temps en répétant, c'est du temps de concert en moins... autant jouer directement, professe Serge, qui, en parallèle a choisi de voyager léger, en train le plus possible, avec ses pédales et sa guitare.

 

Ça veut dire qu'un jour, je peux être avec Paul Bloas, le peintre, le lendemain avec Joelle Léandre à la contrebasse, le surlendemain avec Interzone, etc... C'est génial ! s'exclame-t-il sans regretter le temps où l'organisation du temps intégrait location de camion, conduite sur des centaines de kilomètres, balances, nuit courte, retour... pour un concert au final de 40 à 60 minutes et trois jours de temps mobilisé... J'ai commencé à réfléchir comme ça et je me suis dit J'ai besoin de jouer. 

 

C'est la musique qui m'a fait me dire que pour progresser faut que je travaille... et pour travailler faut que je soies en concert, sinon je tourne en rond dans mon local... mais ça, ça veut dire aussi la nécessité d'être un bon improvisateur.

 

Tout juste rentré de Chine pour enregistrer un disque avec un guitariste local, fidèle à lui-même, Serge est déjà dans l'après et n'envisage pas de lâcher de sitôt sa guitare électrique.

 

Sortir de l'électrique ? Non ! Ça, j'y resterai toujours parce que j'aime profondément ! confie-t-il.

 

Ma voix c'est mon son, plus que ma musique. Peut-être qu'un jour... j'en sais rien mais (...) j'ai besoin de faire évoluer mon son en ce moment, parce qu'il est que medium-bas medium. J'ai assez peu d'aigus... Je suis fasciné par les gens qui bossent dans l'electroacoustique, souligne-t-il. J'en écoute beaucoup depuis des années mais je ne me suis pas encore attaqué à ce travail... comment modifier mon son, le conserver tel qu'il est, mais le faire évoluer dans les fréquences basses et dans les hautes fréquences. J'ai envie de faire ça, je ne sais pas comment je peux faire. Faut que je m'y attaque (...) Je travaille moi qu'avec avec mes effets guitares, j'ai des pédales d'octave, et je travaille avec plein d'éléments, des EQs, mais ça c'est en studio donc j'arrive à avoir des équivalences...

 

Sur l'album avec Yugang, on descend vraiment dans les subs et on va vraiment dans les super aigus. Ce sont des fréquences que les guitares n'ont pas du tout... on trafique nos sons l'un et l'autre. Des fois moi je travaille qu'avec mes effets de guitariste, c'est un parti pris ! Je suis guitariste ! En fait c'est con ! Je suis monomaniaque ! Mais c'est une façon de faire évoluer mon son. J'y arrive en studio mais j'aimerais pouvoir le faire en live … Ça ne m'empêcherait pas de travailler aussi avec des gens qui travaillent dans ce domaine-là, l'electroacoustique, ou autre... mais là c'est un travail juste personnel que je dois effectuer.

 

 

 

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Patrice Mancino

French-o-rama, 365 disques qui ont marqué mon parcours d'insatiable fan de musique(s), né avec la radio FM et devenu programmateur de radio indépendante obstinément défricheuse. 

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