02 jui. ~ Zombie Zombie ~ Ep.2/4

June 1, 2017

l Zombie Zombie l A Land for Renegades

 

Nouveau passage derrière le rideau, ou plutôt de l'autre côté de cette vitre impressionnante et/ou mythique, selon les cas, qui sépare l'artiste de l'autre personne-clef d'une session d'enregistrement... à savoir l'ingénieur du son/réalisateur souvent appelé producteur, par simple anglicisme dévoyé de sa signification originale. Sauf que pour Antoine Gaillet, le travail sur le premier album de Zombie Zombie, A Land for Renegades ne s'est pas du tout passé comme ça !!!

 

Tout au long de ses vingt ans de pratique, face à la page blanche de l'artiste qui entame un processus d'enregistrement, il distingue, comme il le dit, deux catégories, deux types de comportements, dont l'un privilégie ce qu'Antoine considère comme la théorie du chaos, où l'artiste se donne la chance de laisser émerger une idée pour la saisir au bon moment et construire quelque chose. Ça peut arriver au bout d'une heure parfois au bout de dix heures... Des fois en essayant de canaliser ton idée, ça se perd ! C'est un chemin moins tracé... un peu plus complexe.

 

Mais au départ, il s'agit surtout aussi d'une envie de travailler ensemble... et c'est toujours l'artiste qui prend contact avec la personne avec qui il a envie de travailler... pour -bien évidemment- faire le meilleur disque possible, le meilleur disque du monde.

 

J'étais un pote de toute la bande... J'avais déjà travaillé avec Cyann & Ben, M83,... Entre temps, j'avais fait aussi un groupe qui s'appelle Berg Sans Nipple… et du coup, que ce soit Étienne (Jaumet) ou Néman, ils me connaissaient, ils m'avaient déjà vu bosser. Ils avaient écouté certains de mes disques et ils m'ont proposé de faire ce disque-là…

 

Un disque qu'Antoine estime avoir été formateur dans sa carrière de réalisateur, comme pour celui de M83, autant en technique que dans le processus de création et d'appréhender le vide.

 

Eux, c'est typique, je me rappelle, en fait c'était Étienne qui des fois arrivait avec juste une séquence de douze pas sur son SH101 (il fait la rythmique de Driving This Road Until Death Set You Free). Rien que ça ! Donc on mettait une grosse caisse, une caisse claire, et c'était parti…

 

Pour ce disque-là, on s'était installé dans le local de Herman Düne, Zombie Zombie, etc... à Mains d'oeuvres dans une cave en triangle... C'était un peu roots quand même. J'avais mon ordinateur d'un côté, et eux avaient leurs machines, la batterie, donc on était tous les trois dans la même pièce et j'enregistrais comme ça…

 

Je n'avais pas beaucoup de matos, j'avais mis quelques micros sur la batterie, repris les synthés... Ça dépendait des morceaux mais des fois ça partait d'une impro, une séquence de SH101 ou de TR808 qui tournait et c'était parti, ils improvisaient.

Faudrait regarder dans les détails mais parfois c'était un quart d'heure, vingt minutes d'impro, donc j'enregistrais ça et après on réécoutait et on gardait des bouts de 30 secondes à 35 secondes. Ça, c'est super et puis Là, il y a un long bout qui est génial... Après je me retrouvais à éditer pour réduire un peu les formats... et de ça sont nés des morceaux qui faisaient entre cinq et dix minutes…

 

Dans ma tête, je me disais C'est bon... On a le morceau ! On faisait des mises à plat et je me rappelle Néman qui disait Ouais, mais ça va pas du tout !... et derrière ça, Neman a cherché et a rajouté un peu tous les cris, tous les sound effects, les trucs comme ça. Il avait un dictaphone, il enregistrait des voix avec... donc on va dire que sur le squelette du live ont été greffés plein de sound effects. Etienne aussi rajoutait pas mal de sons de synthés, des choses comme ça, donc du coup de la première formule live éditée, il y a eu une autre couche de mise en relief.

 

Turzi, Yaya et d'autres passaient par là, on essayait des guitares, on les ajoutait...

 

Et même derrière, je me rappelle, j'arrive au mix, je mets les choses en place. Moi, ça me paraissait super et Néman dit Non, mais ça c'est pas assez fort ! On s'est retrouvés à mettre des trucs très très très très forts qui me paraissaient sur-fort mais c'était justement ce côté-là qui faisait sortir du cadre... Ça surprenait, et moi, ça m'a appris quelque part à être moins bon élève... chercher le son, la manière de mixer pour que ça surprenne, que ça crée des cassures.

 

Ça, c'est des choses que je n'avais pas trop fait avant. Du coup, c'est un disque, quand je le réécoute, je me rappelle de tout le process, de comment on l'a fait et je trouve ça assez surprenant... de se dire Tiens, on rentre en studio avec vaguement des idées de morceaux... et on ressort avec un disque quand même assez hyper construit.

 

Un voyage en immersion totale pour un travail et un résultat par coucheS assez symptomatique du style de Zombie Zombie, sur disque comme sur scène, finalement.

 

Ça a duré longtemps. Ça a duré deux mois, je dirais, sachant que moi à l'époque, en plus, je travaillais quinze heures par jour et sept jours sur sept. Donc deux mois, c'est vraiment deux mois pleins. Eux, des fois, ils prenaient un peu de recul mais moi c'était deux mois pleins. Je me demande même si ça n'a pas été plus long que ça, raconte Antoine, qui paradoxalement et mine de rien privilégie ce type de symbiose et de challenge, nourri d'une curiosité musicale. Sans estimer connaître tout sur tout, il adore effectivement découvrir un univers dans lequel il va s'immerger pour en comprendre les codes, pour mieux répondre aux attentes de l'artiste mais aussi pour mieux s'en éloigner.

 

Ça a été une période où quelque part je me suis retrouvé à écouter plein de trucs, que je connaissais mais moins dans le détail. Carpenter, je connaissais, mais je n'avais jamais vraiment écouté une B.O. dans les détails. J'avais regardé les films, vu que j'étais cinéphile, je connaissais forcément la musique. Du coup, je me suis repenché sur toute sa carrière, j'ai réécouté du Kraftwerk et des choses comme ça... et aussi les Goblins, avec Dario Argento. Du coup, tu vois effectivement l'influence de la musique de film dans la musique de Zombie Zombie. Et puis rien que le nom Zombie Zombie, Romero, tout est lié... mais c'est vrai que ça a été quelques mois de ma vie où j'étais plongé à fond là-dedans, c'est sûr… au final, je me suis ouvert énormément à toute cette musique-là que je connaissais, mais sans non plus être spécialiste.

 

Une image que renvoie Antoine qui va presque à l'encontre de l'image du producteur/réalisateur qui met son empreinte sur le son d'un artiste qui ressort transformé... comme ça a pu être le cas avec des artistes passé chez Steve Albini. On pourrait sourire du fait que, dans un cas comme ça, c'est presque plutôt le contraire... Antoine ressort avec l'empreinte des artistes avec lesquels il travaille.

 

Ah complètement ! Si tu suis ma carrière et mon approche, c'est plutôt dans ce sens-là oui.

 

C'est très rare le côté où j'arrive avec mon univers. Quand je suis en rapport avec les artistes, je dis souvent Attention, c'est pas mon disque. Je vais essayer de comprendre quel est votre terrain de jeu et je vais essayer de vous faire un costume, un costard, qui va être le mieux pour vous…

Je ne pourrai jamais faire un disque qui ne ressemblera pas aux artistes. Et du coup, c'est vraiment moi qui vais vers l'univers de l'artiste, qui essaie de comprendre les codes de son univers et qui essaie de mettre en relief ce qui correspondrait le mieux à l'artiste.

 

Je pense que c'est troublant pour certaines personnes et pour d'autres personnes c'est hyper rassurant quelque part. Ça veut dire qu'à aucun moment je ne vais les déposséder de leur disque…

 

Il nuance cependant -à raison- ce qui pourrait passer pour une mise à disposition aveugle qui lisserait la différence entre le rôle de technicien et l'apport du réalisateur.

 

Quand je me retrouve hyper impliqué dans un disque, j'ai mon affect quand même, ... il y a aussi ce que j'ai envie de mettre dans le disque... Du coup, il y a parfois des artistes qui m'ont dit... Ouais mais attends c'est mon disque !! C'est mon nom qui est à la fin !! Et je leur dis... Oui, mais y a le mien aussi... conclut-il avec un sourire.

 

Donc, à un moment donné, il faut aussi qu'il y ait un équilibre qui se crée... Je ne suis pas non plus simple exécutant de ce que veut l'artiste. Quand j'ai compris le terrain de jeu, il y a quand même à un moment donné où je suis en phase avec l'artiste. Il y a quand même parfois des dialogues et des conflits, ça m'est arrivé quelques fois de claquer la porte de m'engueuler avec les artistes.

 

Pour Zombie Zombiec'était hyper agréable, un enrichissement mutuel. On a un peu expérimenté, essayé des choses. Tous ces disques dont je parle sont fondateurs au niveau production pour moi. J'ai fais mes armes avec...

 

 

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Patrice Mancino

French-o-rama, 365 disques qui ont marqué mon parcours d'insatiable fan de musique(s), né avec la radio FM et devenu programmateur de radio indépendante obstinément défricheuse. 

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