28 avr. ~ Oiseaux-Tempête ~


l Oiseaux-Tempête l Al-An l

Nombreux sont les animaux mythologiques qui hypnotisent autant qu'ils effraient à la simple évocation de leur nom.

L'Oiseaux-Tempête, né polycéphale, donc pluriel, inspire la même fascination et peut sans peine être rangé aux côtés de la Méduse, du Minotaure et autres gorgones.

Avec Al-An, Frédéric D. Oberland & Stéphane Pigneul, en cartographes iconoclastes, livrent un nouveau carnet de route aux contours indéfinis mais à l'épaisseur politique palpable. Leur troisième volet d'expérimentations sonores et de compositions post-rock décloisonnées reste écrit avec la même plume musicale aux sonorités épaisses et dessine un cocktail d'ambiances orageuses toujours aussi touffues.

Depuis leur éponyme révélation de 2013, Oiseaux-Tempête livre la fresque à 360 degrés d'un labyrinthe de musical de textures et de références puisées aux confins de la Méditerranée orientale, jusqu'aux portes de l'Orient, et cette fois-ci jusqu'au Liban et au-delà... jusqu'aux murailles de Damas.

Le climat d'urgence qui règne dans l'effervescente capitale libanaise Beyrouth s'empare des artistes qui y vivent comme de ceux qui y passent.

La menace d'un orage politique et culturel impalpable et permanent est une muse ubiquiste qui pousse à la création et dont les enfants sont des albums aussi sombres que d'autres sont lumineux, puisant dans les modes d'expression traditionnels autant que dans la modernité du rock électrique ou de l'électro minimale ou dansante.

Au fil des années, une pléiades d'artistes et de groupes tels que – et sans être exhaustif (!!) - The Incompetents, Lumi, Munma, The New Government, Rayess Bek, Scrambled Eggs, Soap Kills*, Youmna Saba, Trash Inc,... ont montré l'ambition et la diversité de la scène libanaise rendant presque logique et inéluctable la rencontre et l'entente entre Frédéric et Stéphane, Charbel Haber (Scrambled Eggs, XEFM, Johnny Kafta’s Anti-Vegetarian Orchestra, …), et Fadi Tabbal (studios Tunefork).

De la même manière, que l'association avec l'ex-leader de The Ex, G.W. Sok ne pouvait pas surprendre tant que ça, il n'est pas étonnant non plus que les deux nomades sonores** reviennent avec le récit de rencontres musicales avec des artistes tels que Sharif Sehnaoui, Tamer Abu Ghazaleh et Stéphane Rives.

Sous couvert d'épopée musicale, moins simple qu'il n'y paraît, l'imprégnation et les racines dans lesquelles puise cet album sont beaucoup plus profondes et complexes que les apparences ne le laissent percevoir. On aimerait rêver que soit accessible et audible pour le plus grand nombre un tel disque, construit, comme à l'accoutumée, comme un film sans autres images que les voix qui l'habitent***. Ce disque est une tour de Babel, un édifice qui monte jusqu'au ciel avant la brouille infernale, une déambulation, un par-chemin, où se lisent les noms du poète palestinien Mahmoud Darwish, l'étoile Fairouz, l'oudiste Youmna Saba, le batteur Sylvain Joasson (Mendelson, Dum Dum Boys, Phoebee Kildeer,...) et Pascal Semerdjian (Postcards), l'électronicien Paul Mondkopf Régimbeau, Two or the Dragon (Ali El Hout/Abed Kobeissy), Pierre-Georges BlackThread Desenfant, et à nouveau le troubadour néerlandais G.W. Sok.

Quelle portée aura cet album politique et poétique qui lâche au détour de quelques notes le triste constat que parfois la guerre s'arrête parce qu'on n'a plus les forces pour la faire ?

La réponse flotte entre les notes improvisées qui tombent comme les gouttes d'une averse passée ou à venir. La volonté de dénoncer se fait à leur façon, à coups de guitares, de percussions sur des cordes aussi tendues que la situation, surfant sur les silences, et la longue incantation d'Al-An, pièce cérébrale plurielle d'une heure, s'achève sur un message aux étoiles et une aube - écourtée en digital, post-facée en vinyle d'un incandescent Hurra Osba'o, comme la volonté d'éveiller, de réveiller, de se réveiller, sur un avenir meilleur, nous dit-on. Et on veut le croire.

Cette réponse est... aucune, certainement, pour ceux qui n'entendent rien à la musique. Par contre, pour ceux qui savent écouter...

* projet electro-trip-hop de Yasmine Hamdan et Zeid Hamdan

** noter au passage que les enregistrements ont eu lieu et ont été mixes dans pas moins de cinq studio différents : Tunefork, Mar Mikhael & Magnum Diva à Beirut - Kerwax en Bretagne - Poptones à Paris

** les sons mais surtout les images de Grégoire Orio et Grégoire Couvert laissent peut-être imaginer le contraire

#blanc #Liban #Syrie #experimental #Poptones #Tunefork #Kerwax #violet

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