26 déc. ~ Grand Final ~

December 26, 2017

l Grand Final l The Bridge l

 

Grand Final, un nom qui résonne comme le titre d'un jeu video autant que la notification d'un baroud d'honneur, ou d'un doigt de la même sorte... c'est surtout l'histoire d'un virus tenace, le rock sale et sauvage, qui n'a jamais demandé l'autorisation aux élites bien pensantes pour exprimer tout ce qu'il pense d'une société voire de sociétés qui négligent, quand elle(s) n'écrase(nt) pas, les classes qui paient leurs impôts, ou ne gagnent tout simplement pas assez pour pouvoir en payer... 

 

En la matière, comment dit-on ? Ce n'est pas à un singe qu'on apprend à faire la grimace ? Ce n'est en tout cas pas à la paire havraise, Doris Le Mat-Thieulen et Jean-François Thieulen, qu'il faut imaginer raconter des histoires sur le rock, qu'il soit 'n'roll ou beaucoup plus musclé.

 

Déjà parce que Le Havre fait figure de patrie du rock en France... que ce soit de Little Bob à Marc Minelli, en passant par les Roadrunners, Fixed Up, suivi un instant par le label Closer records, havrais bien sûr, et sans oublier, puisque c'est le sujet, ou presque... Dickybird !

 

Un EP et quatre disques d'un rock bien graisseux, emmené par une fille du cru... Doris Le Mat... Dickybird était à l'image de sa ville ouvrière et portuaire, sans concession, frontal et orthogonal, écrivant au passage quelques-un des titres de gros rock bien graisseux, au féminin, qui devraient être dans tous les manuels de classe du punk et servir de référence à nombre de jeunes pousses acnéides en quête de montées d'adrénaline et de décibels.

 

C'est l'épuisement, face aux conditions détestables des tournées pour les groupes made in France, face à leurs homologues anglo-saxons, qui finira par achever le trio. La petite histoire raconte que la goutte qui fit déborder le vase fut de proposer de faire gratuitement une première partie dans une salle parisienne à ce groupe qui affichait quatorze ans de carrière au compteur. Mais le mal ne pouvait être que plus profond face à l'inflation de pudibonderie qui laissait exister, il n'y a pas si longtemps, et sans presque broncher, les savoureux Never Mind the Bollocks ou les pochettes de bébé nageur en tenue d'Adam, sans demander autre chose qu'un sticker Parental Advisory - Explicit Lyrics... 

 

Un exemple au hasard, ou pas. Le sixième titre du disque Indefendable de Dickybird ne s'est jamais intitulé T'en voulais- En vl'à mais plus prosaïquement Enculé. Un écart de langage bien innocent par rapport l'attitude de certains pontes de l'industrie du divertissement, et pas seulement sur les demandes insistantes à produire des textes dans la langue de Bigard.

 

La grimace, donc, ils la connaissent. Ils en ont bu des litres de soupe à la louche... Plus grand chose à apprendre ou attendre de circuit de promotion, de diffusion ou de distribution de la musique, physique ou dématérialisée, ni même live... Pourtant ce virus-là, celui de l'esprit du rock, est souvent salement tenace et profondément enraciné... et assorti d'un effet secondaire aux bienfaits discutables... mais ô combien jouissif... se faire plaisir avant tout.

 

C'est comme ça que le dernier épisode de Dickybird fut tourné à Chicago, avec le roi des guitares arides et tranchantes et de la batterie sèche.

 

[ The Bridge fut réalisé avec les amis Enablers...

et le suivant confié aux oreilles de Nicolas Dick, ex-Kill The Thrill ]

 

Mais la grande leçon à en tirer est peut-être de faire les choses en famille... le meilleur moyen d'éviter les déceptions...

 

Du coup, autant The Bridge fut réalisé avec les amis Enablers de et à San Francisco, sous la houlette de Joe Godring, autant le suivant a été confié aux oreilles de Nicolas Dick, ex-Kill The Thrill, qui avait travaillé pour ainsi dire sur toutes les productions de feu-l'oiseau burné.

 

Oui j'ai commencé à travailler sur Revolt, leur deuxième album, confirme Nicolas. Pour Indefendable, ils ont voulu changer un peu, sourit-il. Nous sommes rencontrés en 93 je pense. Nous avions avec Marylin de Kill the Thrill organisé un concert de Dickybird dans la salle où nous travaillons à l'époque. Nous avions fait aussi pas mal de concerts ensemble par la suite.

 

Doris et Jean Jean sont arrivés avec tous les morceaux finis guitare/batterie. Ils nous ont demandés de faire ce que nous voulions dessus à Joe Goldring du groupe Enablers et moi. Joe a commencé par faire des guitares sur tous les morceaux, puis j'ai joué du lap steel sur l'ensemble des morceaux. J'ai mixé avec Doris et Jean Jean de suite après l'enregistrement, ajoute-t-il au sujet d'une session de six jours qui s'est déroulée à Marseille en septembre de cette année. 

 

Mais c'est donc sans illusions, avec une rage intacte et cette noirceur visqueuse, que Doris et Jean-François, ont remis en branle le projet Grand Final, sans autre pression que celle d'être satisfait de leur travail.

 

L'électricité est palpable, les amplis bruissent d'une colère retenue avant l'orage. Et si les treize titres de The Bridge pouvaient paraître sombre, ce n'est rien par rapport à son petit frère de huit titres, au titre sec et glacial de La Mort, programmé pour le printemps 2018.

 

Une version de la Femme fatale de Nico et du Velvet Underground prend la relève de celle de The Serenade is Dead du groupe anarco-punk britannique Conflict... et histoire d'enfoncer le clou, l'album se referme sur un titre intitulé I Hate my Family. 

 

Inch Allah, disait Doris sur le plus tempéré The Bridge, et de la tempérance, il leur en aura fallu pour lui donner une suite, dix ans après. Mais l'esprit et la flamme sont là.    

 

Un état d'esprit qui a d'ailleurs amené en parallèle le label Nineteen Something à rééditer en digital les disques de Dickybird rendus indisponibles.

 

Une idée à nous… raconte Frank Frejnik l'un des fondateurs du label avec l'ex-chanteur des Thugs. À Eric Sourice plutôt (...) qui a toujours suivi le groupe. Dickybird a pas mal ouvert pour Les Thugs. Il me semble même que c'est Doris qui possède la guitare d'Eric, ajoute-t-il dans un sourire.

 

Cela va dans notre idée de diffuser les groupes des 90's. Comme on l'a fait pour Dirty Hands, Soucoupes Violentes, Shredded Ermines, explique-t-il, annonçant d'autres à venir.

 

Les feux sont donc au vert pour un groupe qui montre de quel rouge il se chauffe.

 

 

    

 

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Patrice Mancino

French-o-rama, 365 disques qui ont marqué mon parcours d'insatiable fan de musique(s), né avec la radio FM et devenu programmateur de radio indépendante obstinément défricheuse. 

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