30 sept. ~ Problematic Jam ~


l Problematic Jam l Stereonucleose l

Attention à la posture punk poussée à son paroxysme... à l'anglaise, entre fainéantise élevée au rang d'expression artistique et jus de talent pressé issu de sessions d'improvisation...

Dans un monde musical conformiste organisé en petites boîtes dans lesquelles il faut pouvoir être rangé bien comme il faut, ça fait un peu désordre...

... Et pourtant, il y a Sleaford Mods et Mark E Smith et sa poupée gigogne The Fall !! à qui l'on fait la révérence sans trop sourciller.

Le trio Problematic Jam étant français, ça risque de grincer des dents et de frotter dans les virages mais cela ne semble pas les inquiéter ou les déranger plus que ça, d'autant qu'un label américain s'est positionné pour sortir leur dernière maladie du baiser en stéréo, Stereonucleose... Une maladie du baiser en stéréo... tout un programme... une maladie dont l'un des symptômes forts est l'apathie...

L'apathie n'est, par contre, pas l'un des qualificatifs qui vient à l'esprit à l'écoute de la musique de David Haircut (vox/guitare/basse), Dim Shot C. (basse/guitare) et Fortune Theiler (batterie/vox)... sauf à s'arrêter sur ce côté un rien branleur qu'ils ont de composer... puisque justement ils ne composent pas, en tout cas, pas au sens classique du terme, revendiquant des enregistrements à la volée par sessions de quelques heures avant mise en boîte.

Leur motto... jouer, enregistrer, éditer, publier... 1 prise = (1 chanson + quelques edits) x 12 ou 14 = un album... c'est, en tout cas, le cas pour Stereonucleose avec sortie (le 13 octobre 2017) sur le label chicago-franciscanais Grabbing Clouds Records and Tapes à l'occasion du Cassette Store Day !!!

[ On vit dans un monde où ce qu'on fait croire et plus important que ce que l'on est ]

Le reste, s'il faut parler un peu musique, repose sur la complicité, le lâcher-prise et un brin de flagornerie... affichant des origines franco-mancuno-chicagoanes...

Je me suis dit que c'était plus vendeur, élude David. Vu qu'on vise aussi US et UK, je suis sûr que ça multiplie les chances d'être écouté... On vit dans un monde où ce qu'on fait croire et plus important que ce que l'on est. C'est vrai sur internet plus qu'ailleurs, tranche-t-il. Du coup, si les gens aiment la musique, peu importe l'histoire que tu leur racontes autour... notre label est basé à Chicago. Le fait d'avoir mis cette ville sur SoundCloud nous a peut-être permis de décrocher un contrat... et puis j'ai passé une semaine à Chicago en l'an 2000, notre gratteux a visité Manchester et notre batteur habite à Paris. Ca compte non?

Par contre, quand vient la question d'influences, c'est tout le bottin mondain qui dégringole... Pixies, Devo, The Fall, The Cure, Nirvana...

... alors qu'à l'écoute, ce sont surtout les noms de Mark E. Smith voire Jello Biaffra qui viennent à l'esprit.

Ce sont des groupes qui nous ont marqués... les compos des Pixies première période sont fascinantes et on a fait beaucoup de reprise d'eux. The Fall m'a toujours fait marrer avec sa voix de mec bourré. J'en use beaucoup dans Problematic Jam. Nirvana m'a donné envie de faire de la gratte. Devo est mon groupe favori pour le côté répétitif robotik mongoloid et The Cure pour tout l'univers et la furie dépouillée des débuts et la noirceur.... J'avais pas pensé aux Dead Kennedys, tiens...

Voilà pour la musique. Côté texte, leur problème du jam est évacué avec simplicité puisque tout est laissé à l'appréciation de la poésie de l'improvisation.

Les textes sont improvisés, explique David. En gros, je dis ce qui me passe par la tête à l'instant T.

Du coup, le résultat est souvent abstrait ou poétique. En anglais, ça passe toujours. C'est l'expérience qui fait que ça fonctionne parce qu'on joue ensemble depuis 20 ans. En gros, l'un de nous lance un riff, les autres suivent et le chant sert de chef d'orchestre et induit les changements couplet/refrain/pont...

Souvent l'esprit du riff implique aussi certaines paroles. Dès que l'idée d'un thème me vient, je tricote autour. Mais la plupart du temps, c'est de l'écriture spontanée et ça ressemble au final à des cadavres exquis...

[ Répéter pour faire des concerts, on a déjà donné dans le passé ]

Après, leur plan de conquête du monde est simple comme le résume David...

Le plan de conquête du monde passe par une exposition médiatique du projet dans le monde entier. L'album sort via le label indie US Grabbing Clouds Records and Tapes au format cassette et digital.

On ne fera des concerts que quand Coachella nous contactera... En effet, les chansons de l'album n'ont pas été écrites. Elles sont le fruit d'improvisations en studio enregistrées au cours d'une même session de quatre heures. Du coup, on ne sait pas les jouer en live...

Pour nous, cette façon de procéder stimule notre créativité. Répéter pour faire des concerts, on a déjà donné dans le passé et on a envie plus de créer et d'expérimenter en studio que de jouer les mêmes chansons encore et encore. Bref on est les nouveaux Beatles, résume-t-il en toute simplicité.

En fait, à la base, on a monté dans les années 90, Problematic Haircuts, à cinq, classique, chanson écrite/concert.

Après on a arrêté et on a repris en trio en 2010 avec ce nouveau concept. Du coup, on a gardé le Problematic et ajouté le Jam. On a commencé par mettre les jams non travaillés sur SoundCloud. Il y a cinq volumes.

Puis, on a commencé à les retravailler en post prod... Ça a donné les albums Problematic Cuts, James Bond Is a Porn Star et Stoned Astronomy, plus Problematic Mass-Turbation, dit-il au sujet d'un 4,2 titres dédié aux victimes du 13 novembre.

[ La musique comme on la fait aujourd'hui, c'est du plaisir...

et ça permet aussi de se défouler]

Ça reste problématique d'arriver à faire un album à partir d'un jam, concède-t-il. Ça demande beaucoup de travail de cuts pour rythmer la chose et rendre une chanson efficace et (in)cohérente. Je te parle même pas du temps passé à choisir les effets...

Mine de rien par contre, sur les trois dernières années ils ont de toute évidence perfectionné la photographie de leur univers, recentré leur univers musical sur le post-punk, en y intégrant une touche de psychédélisme et en gardant des influences citées un côté dirty noisy lo-fi... Ils sont en outre passés du quatre-pistes au huit-pistes depuis l'EP Problematic Mass-Turbation... sans parler de l'upgrade du rendu du mix et mastering final mis en forme par leur batteur Fortune Theiler, ex-Gordon Sanchez.

On découpe ensemble, dit David au sujet du processus d'edit entre Theiler et lui. Ensuite il trouve les effets, embellit les sons, masterise... C'est lui qui maitrise le logiciel de son.

Au final donc, une joyeuse conception de la musique qui repose sur un mélange d'exutoire, de soupape et de défouloir... pour un trio dire faire de la musique non pas pour la vendre, juste pour en faire.

La musique comme on la fait aujourd'hui, c'est du plaisir et ça permet aussi de se défouler, résume David.

On dispose en plus d'outils géniaux pour créer, promouvoir, faire des videos, ce qui n'existait pas il y a 20 ans quand on jouait toutes les semaines dans notre cave... en plus, pour la première fois, un de nos délires va sortir en vrai.

J'ai envoyé des mails a plein de maisons de disques américaines et anglaises en me disant que personne ne voudrait nous accompagner sur ce projet. Ca me prenait une heure à chaque fois qu'on sortait un truc. Niveau investissement de temps, c'était rien. Par chance, le dernier de la liste m'a répondu et nous a proposé un deal...

Si ça peut nous payer les bières, ça nous suffit. Mais si jamais une fan base se forme, que des gens veulent nous voir jouer sur des scènes pro c'est-à-dire pas dans des bars à Paris où tu engraisses le patron en faisant venir tes potes... on se laissera peut-être tenter par une aventure plus professionnelle.

De la musique, comme une bière bue directement à la pompe. Enjoy.

#violet #DIY #musiqueimprovisée #GrabbingClouds

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