07 sept. ~ Breaking the Wave ~


l Breaking the Wave l Dead Killer Story l

En musique, il y a le no-wave, l'anti-folk, le no-comment, beaucoup de choses qui avec le temps finissent par être définies par leur contraire. Un certain sens de la contradiction, ou de choix destinées à se démarquer du flot mainstream.

En matière d'initiative marginale, Breaking the Wave se pose là ! Un brin désabusés par l'état du secteur musical, Cédric Baud, aka Joseph Mars, et Matthieu Malon musiciens prolifiques, un rien exigeant sur la qualité et le travail du son, questionnent l'idée même de chercher à vivre d'une musique qu'ils font par passion.

L'album Dead Killer Story pousse le concept à l'extrême, jouant avec les limites des publications à compte d'auteur proches du personal pressing, consistant à faire presser ou graver un disque pour soi ou quelques happy few.

Faire de la musique c'est un besoin élémentaire pour lui comme pour moi, confie Cédric dans le mini-documentaire de Mélanie Dalsace, sur un album ancré dans son époque et empreint des réalités d'aujourd'hui, puisqu'imaginé et conçu à distance avant même d'entrer en studio.

On a commencé à composer nos morceaux. On les a mis en commun, explique Matthieu au sujet d'une idée née en décembre 2016 au cours d'une discussion entre ces deux amis de longue date.

Cédric s'est approprié des morceaux à moi, moi j'ai fait pareil de mon côté avec certains des siens... poursuit l'Orléanais, que l'on connaît ces dernières années pour ses albums sous son nom propre - dont un cinquième LP est attendu en parallèle de cet album à deux têtes - mais qui s'est fait un nom de longue date avec le très remarqué projet cold-wave, Laudanum.

C'est une des premières fois que je ressens ça, les autres morceaux je les trouvais super bien mais je pouvais toujours dire, là il y a un peu plus de Cédric, là il y a un peu plus de moi... Là y a des chansons où on entend vraiment ce truc qui est, voilà, un groupe en fait.

L'idée de faire un album de Breaking the Wave, elle est venue assez rapidement... je sais pas, on a dû dire Ouais, on pourrait se fixer un objectif, quatre titres... et puis comme on est un peu excessifs, l'un de nous a dit Bin non ! On en fait dix, raconte Cedric, au sujet d'un disque dont ils avaient pour ainsi dire finalisé les dix titres en février... Neuf titres en fait, avant l'ajout du dixième, Poison, rescapé d'une ancienne collaboration destinée à l'origine au 2e album de Laudanum et que Matthieu n'avait pas conservée sur le tracklisting final, confie en aparté Cédric.

En tout et pour tout, il leur aura fallu quelque six mois pour finaliser le tout en studio, en conviant aux sessions une connaissance elle aussi de longue date en la personne de Philippe Entressangle, à qui Matthieu fait appel depuis plus de quinze ans pour ses différents projets.

Faire ce disque ensemble, au départ, c'était à distance, chacun dans notre coin. On s'envoyait en fait chaque soir, même plusieurs fois par jour, le résultat du travail de la journée par mail, se rappelle Cédric, dont le temps est partagé entre Lyon et Paris.

Ça nous a pas paru insurmontable de travailler comme ça. Ça a avancé vraiment hyper naturellement hyper vite, confirme Matthieu qui décrit le processus à mi-chemin entre correspondances et retrouvailles.

Au moment où on s'est retrouvés pour la première session de studio ensemble, on savait pourquoi on avait eu l'idée de faire ce disque (...) parce que nos besoins élémentaires assouvis ensemble permettaient d'atteindre un moment de convivialité et de joie (...) c'était vraiment quelque chose de très beau, dit Cédric.

Quand on est ensemble les choses sont évidentes et faciles, donc ça a été une fabrication dans le plaisir sans aucune douleur, Cédric se disant par ailleurs émerveillé par le fait que tout s'est déroulé sans aucun accroc... aucun bug, même pas un câble qui foire, une boucle qui ne se déclenche pas, rien.

Le résultat raconte une histoire, celle d'Anton, personnage asocial, las des mondanités, et sur la brèche, pour un album qui renoue avec les albums-concept et devient le prétexte ou l'occasion de revisiter les cinquante dernières années de rock... à l'international comme en France.

Les deux compères, dont la liste de projets contient déjà son lot d'albums de collaborations (Laudanum, Joe Shmo, Ex Ex, Air Wave, ,Under Mary's Dream, Klima, Ginger Ale, Ichliebelove, ...), livrent un disque intelligent aux ambiances variées dont un improbable croisement de sonorités rennaises, mancuniennes, versaillaises, et chicagoannes, entre autres multiples... au point que si les noms qui viennent à l'esprit peuvent être Married Monk, New Order, Air, Poni Hoax, Marc Lannegan, ils nous prennent un peu par surprise avec un clin d'oeil inattendu.

Sur le morceau Ride That Wave, on a voulu un truc un peu à la manière de Kanye West, façon hype contemporaine, essayer de faire cette espèce de voix autotunée, plus du tout naturelle, explique Matthieu. C'était plus un exercice de style au début (...) une franche rigolade... et puis c'est devenu l'ossature du morceau, cette mélodie hyper belle qu'a trouvé Cédric à la voix. On pouvait un petit peu la dénaturer, la faire jouer comme si elle devenait une machine.

Pouvoir travailler la voix comme une machine c'est aussi donner une couleur qu'on souhaitait pour ce disque-là, abonde Cédric. Je suis toujours assez séduit par les propositions (que Matthieu) fait... de traiter les voix dans ce sens-là... parce que s'il n'y avait que moi, elles resteraient brutes, avec un minimum d'effets, et je trouve qu'il sait magnifiquement bien utiliser les effets et traiter les voix dans les machines.

Un disque donc fait à deux, qui additionne la culture musicale de chacun avec des points communs et des points de divergence qui débouchent sur des titres rarement simplistes, souvent génétiquement modifiés à coups de boucles et de samples... pour offrir ici un blues grungy répliquant, là une ballade pop atmosphérique déviante, en passant par un rock-trip bristolien, sans se priver de décocher missiles façonnés dans les usines du Michigan.

Maintenant, il ne reste plus qu'à avoir l'occasion de l'écouter et d'en entendre plus... chose qui ne sera pas rendue facile par leur décision de ne l'éditer qu'à 100 exemplaires. C'est tout.

Oui, 100 exemplaires et rien d'autre. Ce qui pourrait passer pour du snobisme ou un brin d'ayatolisme cache en fait une posture qu'il est possible de dire légitime.

Dans la lignée du paradoxe dégoulinant des nouveaux modèles économiques des plate-formes toutes puissantes et incontournables, l'immense majorité des artistes ne reçoivent qu'une part infitésimale des produits de leurs oeuvres par rapport aux autres acteurs de la filière... alors à quoi bon jeter des bouteilles à l'amer pour n'en soustraire que des larmes...

... mais aussi, explique Cédric en marge d'un tournage de clip, ils souhaitent re-donner une chance à la musique, et à leur disque en particulier, de retrouver ce rituel de l'écoute que certains appelleront le slow listening... ce disque que l'on se pose sur sa platine et que l'on se pose pour écouter...

... un acte militant d'auto-production anti-consommation fast food de la musique que la dématérialisation a accéléré... un luxe, qui se paye en terme de notoriété comme de coûts de fabrication, mais un luxe qu'ils assument... sauf à les faire changer d'avis... mais ceci est une autre histoire.

En attendant, des clips ne manqueront pas d'ouvrir quelques fenêtres sur un disque qui a somme toute le mérite d'exister, parce que deux personnes sont allées au bout d'une envie. Coûte que coûte.

#blanc #Orléans #Lyon #pophybride #rockdéviant #autoproduction

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