07 mai ~ Welcome to Julian ~


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Plongée dans une époque... Cette époque des années 90 qui ont vu l'explosion de la scène musicale moderne en France.

Des histoires ont été écrites, des groupes ont posé des jalons, Welcome to Julian est de ceux-là... à son corps défendant presque... Une histoire qui commence à Montbéliard.

Y a toujours eu des groupes de rock dans la région... des influences Chats sauvages, Elvis Presley... du gros rock'n'roll, se souvient leur chanteur guitariste Lionel Beuque.

Montbéliard, c'est à coté de Sochaux. Ça a déterminé pas mal de choses.

À l'époque, au niveau industriel, on ne pas dissocier les choses de Peugeot. Peugeot, c'est 40.000 personnes* qui bossaient sur le site... , explique-t-il faisant le lien avec une dynamique culturelle insufflée par le gouvernement dans la région.

Y avait de l'argent, il y avait plein de choses qu'on pouvait tester. Ma génération a émergé de tout ça.

Faire partie d'un groupe... ce n'était pas aussi extraordinaire que ça, tempère-t-il.

Si les Havrais, haut lieu du rock en France et l'un de ses berceaux, avaient la chance à cette époque de pouvoir écouter Radio Caroline, d'avoir un grand frère ou d'avoir la possibilité eux-mêmes de faire des allers-retours à Londres ou Brighton... les Montbéliardais n'étaient pas en reste pour étoffer leur culture musicales et leur soif de découvertes de musiques souvent absentes du PAF, à part, selon l'époque, les Enfants du Rock (1982-1988) et Bernard Lenoir (1990-...).

[ un peu comme quand McCartney racontait qu'il traversait Londres...

pour trouver des nouveaux accords ]

J'ai vécu l'époque des radios pirates (...et) on est à 20 km de la Suisse. Avec le bassiste des Welcome, qui était bisontin, on allait souvent à Lausanne. C'est là qu'on a découvert House of Love, Wedding Present... Couleur 3 bien sûr nous a ouvert les oreilles.

À l'époque il fallait se déplacer. Pour trouver des paroles, à part si c'était inscrit sur la pochette, il fallait aller dans des petits canards genre Smash Hits, un peu comme quand McCartney racontait qu'il traversait Londres pour trouver des nouveaux accords.

De fil en aiguilles donc, Welcome to Julian est né sans préméditation mais avec une volonté affirmée de juste faire de la musique, un parcours, estime Lionel, pas si différent de ce qui se passe encore aujourd'hui et au final pas aussi éclair qu'on pourrait le penser, même si, avec le recul, de belles choses se sont produites.

Je pense que c'est toujours un peu la même histoire, aujourd'hui... que les plus jeunes ont le même truc dans la tête, plaide-t-il, redéroulant les événements qui menèrent à l'éponyme mini-album Welcome to Julian.

Depuis l'age de 15 ans, je faisais partie d'un groupe. J'ai continué en allant sur Besançon à la fac'. Là, j'ai rencontré Fred (Gurnot), le bassiste. On jouait avec une boîte à rythme avec un autre guitariste... On était trois à l'époque. Ça a continué son petit bonhomme de chemin.

Il y a eu les Découvertes du Printemps de Bourges. Ça marchouillait. Donc on a décidé de migrer à Paname. Ça a mis du temps. C'était pas évident.

On a mis un an avant de trouver Jacko (Jacques Guamis), le guitariste. Il avait mis une petite annonce rue de Douai**... influence House of Love, etc... On était très branchés Angleterre à l'époque.

On a mis encore six mois/un an pour trouver Philippe (Deshaies), se rappelle-t-il. Entre temps, Lenoir a diffusé une cassette enregistrée à Besançon. C'était le titre I Don't Need You Anymore. C'est ce qui a déclenché le truc !

Arnaud Viviant était régulièrement dans l'émission à l'époque et du coup on s'est retrouvés en dernière page de Libé... Ça nous a amené à Alan Gac***

Nous, tout ce qu'on voulait, c'était jouer. On ne faisait pas vraiment de plan sur la comète. Et grâce à Rosebud, on a trouvé tout un vivier de groupes comme nous (…) les Little Rabbits, Married Monk, European Sons, … Je me rappelle même... en allant jouer à Montpellier, on a rencontré un gars et une fille, Armand (Gonzalez et Virginie Peitavi) avec leur accent du Sud qui nous demandaient Mais comment vous avez fait ? (NDR - la suite et la carrière de de Sloy montrera que quelques bons qu'aient été les conseils ou pas, Sloy a su trouver sa voix/voie)

C'était une époque assez formidable. J'avais 24 ans c'était énergique !!!, lance un Lionel nostalgiquement enthousiaste, mais pas aigri.

[ Il y a des choses à trouver, à réinventer.

On a un peu trop tendance à axer sur ce qui ne va pas ]

J'en ai fait le tour. C'est l'âge peut-être mais je prends les choses avec beaucoup plus de recul. Dans l'après-Welcome, il y a eu un petit passage à vide. Je suis revenu à Montbéliard et ensuite j'ai plus ou moins continué. J'ai retrouvé mes potes rock'n'roll, j'ai pas vraiment lâché le truc...

Je continue à faire de la musique, j'ai une tonne de morceaux mais je ne sais, c'est peut-être un problème géographique mais c'est pas évident de mobiliser et motiver des gens pour qu'il s'intéresse à la musique ici.

Avec le temps, les mois passent, dit-il sans finir sa phrase, en réponse au devenir de son – doit-on le dire – excellent autant qu'intéressant - projet LB Goodson qu'il qualifiera de plus ou moins actif avec un grand sourire.

Maintenant, musicalement, je suis plus dans un esprit improvisation. J'arrive délesté de toutes les attentes.

Y a des choses à trouver, à réinventer. On a un peu trop tendance à axer sur ce qui ne va pas, dans une période comme les élections actuellement.... C'est vrai que les gens font la gueule mais à coté de ça, il y a plein de choses qui se passent et qui vont bien. Les gamins ont une pêche énorme.

C'est ce qui me donne l'envie, non pas forcément de continuer la musique mais de m'y intéresser.

Je me suis mis à l'écriture, à la peinture... J'aime bien bosser dans l'instant. J'espère bientôt travailler avec des potes dans le coin, travailler plus sur le son. Vivre la musique plus tranquillement, aller voir dans les détails.

Je réécoutais l'autre jour le titre Heart of Glass de Blondie. Le morceau est parfait. Il y a (…) un contre-temps, en plein milieu (…) qui n'est plus en quatre temps. Tu ne t'en rends compte que si tu essaies de le jouer, s'exclame-t-il.

En ce qui concerne les Welcome, on n'a pas eu vraiment le temps de se trouver un son... On ne pensait pas vraiment à ça... confesse Lionel, expliquant d'une manière plus prosaïque que le résultat provenait des compos en elles-mêmes... Et cette facon de jouer, énergique, la façon de mettre au point les chansons, la structure des morceaux...

Je me souviens d'avoir vu des concerts extraordinaires à l'époque, Ride, My Bloody Valentine, avec qui on a partagé l'affiche un ou deux fois. À chaque fois, c'était de grosses claques. Nous on se cherchait. En studio, c'etait brut ! On n'avait pas le temps de travailler les choses. Le chant, c'était jamais plus de quatre prises.

C'est marrant parce que les quelques papiers qu'on a eus à l'époque dans Best, etc... étaient écrits par des journalistes anglais (d'origine). Quand on est allés aux Etats-Unis, on a eu des chroniques très fouillées par des journalistes qui connaissaient leur truc.

[ Je suis très touché par certains commentaire...

qui disent qu'ils font de la musique parce qu'ils ont écouté Welcome ]

Toujours est-il... l'époque peut-être – certainement – mais le résultat était bluffant. Des disques comme Welcome to Julian et Never so Close se réécoutent encore aujourd'hui avec plaisir, que l'on soit fan de Teenage Fanclub, Sugar ou autres House of Love ou groupes de la scène écossaise... jusqu'au troisième et dernier album Surfing on a T-Bone, où le son très anglais, pop noise, shoegaze ou tout ce qu'on veut, laisse la place à une forme de colère, qui à l'époque aurait pu être attribuée à la maltraitance de l'industrie du disque et à l'application de la loi sur les quotas qui voulait imposer le chant en français et qui, avec le recul, aussi a peut-être un peu tué cette scène-là.

C'est marrant que tu aies ressenti une colère (…) Il y avait un peu des tensions dans le groupe à cette époque oui. C'était devenu moins fun. Je ne m'y retrouvais pas forcément à l'époque mais j'avais tout de suite capté le coté très dur des États-Unis. Forcément ça rejaillit... Age, Class and Race est un texte très dur. J'avais beaucoup ressenti ça quand on est allés là-bas. Donc plus violent oui mais dans les dernières maquettes qu'on a faites on revenait à des choses plus mélodiques.

Pour les quotas, c'est vrai qu'on nous a un peu forcés. Mais dès que j'ai commencé à faire de la musique, j'ai chanté en anglais... Et il y avait déjà ce truc là Mais pourquoi tu chantes en anglais ? Je suppose qu'il y a des choses qui ne changent pas.

Reste qu'en matière de son, les Welcome to Julian avaient marqué les esprits, avec des ambiances Jesus and Mary Chain qui ont marqué l'époque. Ils les marquent encore aujourd'hui, certains musiciens déclarant sans peine avoir voulu faire de la musique en écoutant leurs disques.

Ça fait 20 ans qu'on s'est séparés. Je suis très touché par certains commentaires sur internet de mecs qui disent qu'ils font de la musique parce qu'à un moment ils ont écouté Welcome.

Je ne me rendais pas du tout compte de l'impact qu'on pouvait avoir.

* au début des années 1980 avant de baisser à 23.000 à la fin de la décennie.

** rue parisienne où s'alignent les magasins d'instruments de musique

*** patron et fondateur du label Rosebud

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