26 mar. ~ Marie Laforêt ~


l Marie Laforêt l Portrait • 1963/1969 l

Séquence nostalgie.

Nostalgie d'un temps que les moins de vingt ans... et que les moins de quarante aussi d'ailleurs... n'ont pas connu. Le temps de l'insouciance, le temps des copains, diraient certains...

Un temps où de toute évidence les adaptations et traductions de chansons du répertoire international ressemblaient à autre chose que la soupe populaire que l'on sert par hectolitres à longueur d'émissions douteuses de découverte de talents non moins discutables... L'exercice à l'époque était un véritable passe-temps et s'était mué en sport national avec des auteurs et pour des interprètes de talent... dont Marie Laforêt.

On est loin des reprises décérébrées d'un répertoire éculé et de grossiers désossages de ce qui pourrait ressembler à une chanson à l'origine... En effet, on peut douter de l'utilité publique de faire une énième reprise à la sauce R'n'B de tel titre de Jean-Jacques Goldman ou telle version proto-opérette - un musical dit-on aujourd'hui en marketing de masse - de je ne sais quelle autre tube innommable des années 80.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt justement, prenons un peu de distance avec ce panurgisme qui alimente surtout en droit d'auteurs des fonds de catalogues qui sont aujourd'hui pour nombre d'entre eux tombés tous dans l'escarcelle d'Universal et d'une poignée d'éditeurs mostodontes qui font les playlists des N'oubliez pas les paroles*, The Voice et autres Nouvelle Star...

On aura tôt fait de m'objecter que voir partout une mafia hégémonique industrielle musicale est un faux débat... qu'il ne peut en être autrement puisque l'idée de base, la bien nommée, est que les candidats puissent chanter des chansons populaires... qu'ils connaissent et que les gens connaissent...

Je me souviens pourtant d'un jeune candidat à la crinière de lion interprétant au grand dam de ses juges la chanson Excellent(e) d'un pas si obscur chanteur belge, appelé Sharko, et qui lui aussi - voire lui plus que d'autres - mériterait de devenir un peu plus populaire... De fait, on ne m'enlèvera pas de la tête que ne pas diffuser certains artistes ne risque certainement pas de contribuer à leur conférer une reconnaissance plus large d'un public plus nombreux, a contrario des sempiternelles listes de titres déjà populaires qui ne quittent jamais les banques de données de programmes radio ou TV à grande audience...

Mais bon, là n'est pas l'idée. L'idée était de parler de Marie Laforêt, une des égéries sixties qui a offert au public justement certaines des plus belles adaptations de l'époque, ainsi que, sur cette compilation-là, un nombre de titres écrits et mis en musique par le tandem Eddy Marnay/André Popp, le bien nommé - lui. Était-elle en si grand décalage que ça avec les attentes du public ? En tout cas, de mon humble avis, le répertoire source qu'elle reprenait était d'une qualité redoutable...

Elle a ainsi réinterprété les Stones et Nancy Sinatra, chanté les Beatles, Manchester et Liverpool sur les musiques respectives du jeune Jean-Claude Petit et André Popp donc.

Certains esprits revanchards viendront certainement souligner le fait que Maïtena Douménach ait commencé sa carrière grâce au radio-crochet Naissance d'une étoile sur Europe 1 qu'elle a remporté en 1959, suffisant ainsi à me faire passer pour un injuste grognon blasé... Euh... à la même époque, et à la nôtre aussi, ... reprendre du Lee Hazlewood relevait et relève toujours plutôt assurément du bon goût.... tout comme les adaptations faites pour elle de Simon & Garfunkel et de Dylan.

La pression des producteurs ne rencontrant pas toujours, à l'époque non plus, les goûts de l'artiste, j'admettrai ne pas forcément tomber à la renverse à l'écoute de tout son répertoire, notamment la partie musiques du monde, mais il y a un certain intérêt et un intérêt certain à la redécouvrir par le biais de ce Portrait 1963/1969 somme toute séduisant et flatteur.

Certains titres sont, disons-le, somptueux. Comment résister à son Paint it Black rebaptisé Marie-douceur, Marie-colère, ou à son Flora, intitulé Lili of the West dans le répertoire de Peter, Paul and Mary ? Sa reprise, telle quelle, de Johnny Guitar de Peggy Lee tout aussi séduisante que celle de la Sha la la Song popularisée par Marianne Faithfull et traduite en français par le père d'une certain France Gall pour devenir à Demain my Darling.

À côté de cette compilation, on notera aussi le titre Mon cœur se balance composé à partir d'un thème de Mendelssohn (avec deux s et un h), mais on trouve ici La plage, adapté par Pierre Barouh de La Playa de Jo Van Wetter.

Surtout, pêché mignon en ce qui me concerne, on peut (re)découvrir la reprise avec l'acteur Gérard Klein du duo Sinatra/Hazlewood de Summer Wine, devenu à juste titre, Le vin de l'été**. Bientôt sur Antenne 2 à une heure de grande écoute ?

* https://docs.google.com/spreadsheets/d/17CvQHvWhwKeMAGH3eil466o-pKAibK7EF-zZ4WZvGFk/edit#gid=0

** dans la série tristesse ou fou rire... les montages d'images que d'aucuns se sont amusés à faire sur la chanson ou les versions enregistrées à partir d'un 45trs qui tourne trop lentement ou trop rapidement...

Et si je t'aime "Sunday mornin'" (Margo Guryan / Michel Jourdan)

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