29 jan. ~ Groupe Doueh & Cheveu ~


l Groupe Doueh & Cheveu l Dakhla Sahara Sessions l

Face à la - trop fréquente - condescendance post-colonialiste, l'Afrique et nombre de pays ont longtemps souffert et souffrent encore parfois d'une approche occidentale en quête d'exotisme culturel.

Il ne faut pas voir le mal partout mais les premières productions de grands labels de world music ont parfois contribué à véhiculer cette image, parfois malgré eux, pétris de bonnes intentions et d'une curiosité - par contre - amplement justifiée et néanmoins saine.

Il ne faut pas croire ! Les artistes d'Afrique occidentale, du Sahel et du Sahara n'ont pas attendu le brave petit homme blanc pour influencer les musiques du reste du monde comme de s'imprégner de sources d'inspirations venues d'ailleurs.

Aujourd'hui des artistes telles que la Mauritanienne Noura Mint Seymali ou la Sahraouie Aziza Brahim creusent des sillons autres que celui de l'asuf, vaguement traduit par blues du désert et popularisé par les célèbres Tinariwen, ainsi que plusieurs artistes maliens bien sûr. Ce qui n'a pas empêché l'émergence de groupe de métal ou de rap - souvent interdit par les pouvoirs en place - salués au nord de la Méditerranée mais vivant cachés dans les entrailles des villes du nord de l'Afrique. Qui sommes-nous pour penser qu'une terre qui a engendré des artistes comme Fela Kuti et Ali Farka Touré en serait restée là ?

L'exercice de la rencontre d'une tradition et d'un monde qui se considère comme moderne et évolué, sans être en mesure de faire preuve du quart du tiers de toute la tradition portée par des styles de musique aux racines séculaires... peut parfois virer au collage obséquieux.

Je me souviens d'un triste raté, pétri d'égales bonnes intentions, lorsqu'en 2007, Robert Plant était monté sur la scène du Bataclan pour quelques titres, en anglais, avec les célèbres Touaregs... Le résultat en avait été une laborieuse superposition où les codes occidentaux s'imposaient tant bien que mal à une musique qui ne leur obéit guère. Bien essayé mais dommage.

Le projet Dakhla Sahara sessions a immanquablement été confronté à cette dichotomie culturelle et aphasie musicale mais il s'en démarque par un résultat bluffant de cohésion.

Le résultat réussi une mise en phase de rythmiques singulièrement différentes que l'on pourrait juger a priori inconciliable. Le degré de consensus et de chemin parcouru de chaque côté par les deux formations, Groupe Doueh et Cheveu, varie en fonction des titres.

Le coeur de l'album en révèle toute la quintessence, Azaouane donnant le ton d'un punk rock sahraoui et Charaa dévoilant une sorte de transe casiotonique à trois temps, une valse du Sahara de 10 minutes aux sonorités à la fois fin de siècle et modernes.

Le titre Je penche est quant à lui proprement envoûtant, par la voix de la chanteuse Halima en premier lieu, mais aussi grâce à cette rythmique electro punk minimaliste avec flûte (ou presque) et tidinit électrifié. Certains éléments sont aussi magiques qu'atypiques, comme sur Azaouane, où l'on peut entendre un type de percussions propres à Doueh et son groupe, faites avec de petits verres en verre retournés et frappés sur un plateau en métal.

Ce disque est aussi un exploit en soi, du genre cadeau empoisonné sur la base d'une rencontre avec un timing dangereusement court (10 jours) pour parcourir une distance qui dépasse les données purement géographiques.

La petite histoire veut d'ailleurs que la communication entre les différents protagonistes se faisait essentiellement en langue espagnole* grâce à l'ingénieur du son Laurent de Boisgisson, préposé interprète, pour le dialogue tout court mais également musical.

La journée type, de ce qu'on m'a raconté, était un peu du style... session jam le matin, dont il pouvait ressortir une idée ou deux, le tout enregistré, désossé pour trouver des idées de structures et voir si ça pouvait donner une chanson. Le résultat montre, que malgré la barrière de la langue et des grilles musicales différentes, c'est avant tout la musique qui a parlé.

En tout cas, les trois de Cheveu ont dû s'en arracher un certain nombre mais ils reviennent en terre gauloise avec un objet musical appelé à résonner ou raisonner (?) sous la voûte céleste du Sahara occidental et bien au-delà.

* protectorat espagnol jusqu'à l'annexion par le Maroc et la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) par le Front Polisario en 1976.

#blanc #FR

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Patrice Mancino

French-o-rama, 365 disques qui ont marqué mon parcours d'insatiable fan de musique(s), né avec la radio FM et devenu programmateur de radio indépendante obstinément défricheuse. 

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